Octobre 2006


Jeudi 5 octobre: Aujourd'hui, c'est la descente des génisses de l'alpage de la Lande. Et à ma grande honte, je dois avouer à la face du monde que j'étais malheureusement absent à l'occasion de cet événement. Certains ne se sont d'ailleurs pas privés de me le faire remarquer en me harcelant avec des appels téléphoniques et autres sms. Mais bon, la vie est ainsi faite qu'il n'est pas possible de se trouver à deux endroits différents simultanément!. Revenons donc à la descente des génisses qu'il est possible de qualifié de petit « événement ». Il n'est pas exagéré d'utiliser ce terme pour désigner cette journée qui met un terme à la saison d'alpage à la Lande-Dessus, et ceci pour la 66e fois. La société d'alpage de Bettens a subit comme bien d'autres, les effets de la diminution des exploitations agricoles possédant du bétail. Toutefois, il n'est pas rare de se retrouver tout une équipe à l'occasion de ce genre de journée. En règle générale on monte au chalet le soir précédent et on se prépare une petite fondue. La soirée qui suit, dure parfois jusqu'au petit matin et avouons que l'esprit est parfois embrumé au moment de charger les génisses dans le camion.

Oui, vous avez bien lu « camion »! Car depuis quelques années, plus de clochettes, fini les sapins décorés de fleurs en papier multicolores, terminé la course devant et derrière le troupeau: la montée et la descente sont désormais motorisées: Il n'y a pas si longtemps, la descente et la montée d'ailleurs, se faisait en plusieurs étapes. A l'époque, les génisses étaient rentrées la veille et on leurs mettait les grosses clochettes et autres toupins. Puis on les relâchait. Au petit matin, tous les propriétaires partaient « rappercher » et une fois toutes les génisses réunies, tout ce petit monde prenait la route du Marchairuz en direction du Brassus, ou plus précisément à la gare du Brassus où attendaient les wagons dans lesquels nous chargions les génisses. Le train partait ensuite jusqu'à Cossonay-gare où le bétail était débarqué et de là, nous remontions jusqu'à Bettens. Cette époque est désormais révolue, et les génisses sont embarquées en camion directement au chalet et sont déposées selon les souhaits des propriétaires, soit dans un parc, soit à la maison. Chez nous, les génisses et les veaux sont débarqués au parc, leurs quartiers d'automne. Ces parcelles sont généralement celles où seront implantées au printemps, les cultures sarclées et qui dans l'intervalle ont été ensemencées avec des cultures intercalaires. Ces dernières font double emplois: tout d'abord, elles sont imposées par la pratique de la production intégrée et ont pour fonction de lutter contre l'érosion du sol et de piéger l'azote résiduaire du sol.

Et puis, pour les exploitations qui possèdent encore du bétail, c'est un apport non négligeable de fourrage qui selon les années, sera parfois le bienvenu. Mais naturellement, il est nécessaire pour les mettre en valeur, de bénéficier d'un automne le plus sec possible sous peine de voir les champs se transformer en gadoue. Au premier plan sur la photo, on peut voir Origane, tout de suite derrière, Opaline, puis Océane et pour terminer Ondine en pâture sur la parcelle de la Gravière.

Samedi 07.10: J'ai rapidement décrit ce que furent à une certaine époque, les montées et les descentes du syndicat à la Lande-Dessus. Et bien aujourd'hui, il est encore possible d'admirer et de croiser un troupeau décoré et « ensenaillé » dans les règles de l'art. Ainsi donc, ce samedi est également un jour de descente et disons tout haut, une vraiment particulière! Les troupeaux de la Meylande et de la Moësettaz ont été réunis pour fêter dignement les 10 ans d'alpage de Martial Rod à la Moësettaz et pour les 30 ans de Frédy Rod à la Meylande. Un rendez-vous avait été dûment préparé en face du chemin de La Meylande et vers 07 heures 30, ce sont environ 150 bêtes qui se sont mises en route. Quelques 28 kilomètres pour le troupeau de la Meylande et environ 25 pour celui de la Moësettaz. Un arrêt au Sapin Siméon était planifié et on y a retrouvé Louis et Philippe qui brassaient le chaudron pour confectionner le fromage du « quarantième ». Deux de nos vaches passent l'été à la Meylande: Eole et Ingrid.

Lundi 09.10: J'avais annoncé le mois de septembre comme étant le mois des ensilages. Mal m'en a pris, cette année est là pour me faire mentir! Divers facteurs nous aurons conduit à effectuer ce travail en octobre. Parmi ceux-ci, le mauvais temps du mois de mai qui a eu pour conséquence un semis très tardif du maïs. Ceci dit, la nature fait souvent bien les choses, et ce maïs semé si tardivement, a admirablement bien rattrapé son retard et s'est même mieux comporté au niveau du rendement que ceux mis en place presque un mois et demi plus tôt, il suffisait juste d'être un peu patient et de le laisser venir à la bonne maturité.

Ce sont donc presque 400 m3 qui ont été ensilés aujourd'hui. Les travaux ont débuté vers huit heures et Albert vidait la dernière benne à 17 heures. Ainsi, malgré une petite panne à l'automotrice, il ne nous a guère fallu plus de 8 heures pour ensiler les quelques huit hectares de maïs. Il faut toutefois encore compter une bonne demi-journée consacrée à la couverture du silo. On dispose sur le tas une bâche de plastique, elle-même recouverte par un filet de protection. Puis un à un, nous mettons des pneus afin de plaquer convenablement la feuille de plastique sur le fourrage. Ce travail est assez pénible et le résultat forcément inesthétique! Mais c'est le moyen le plus pratique et le plus économique qu'on aie pu imaginer jusqu'à ce jour.

A noter encore, petite première dans notre manière de procéder: nous avons incorporé des patates dans l'ensilage. Il faut savoir que cette année est pour le moins catastrophique pour les producteurs de pommes de terre, qui voient leur production être pour une grande partie refusée faute d'une teneur suffisante en amidon. En effet, les patates n'ont vraisemblablement pas supporté le mois de juillet sec et chaud, suivi d'un mois d'août humide et froid. Aussi, nos collègues « patatiers » font la tournée des exploitations possédant du bétail en espérant y vendre une production que la distribution ne veut pas. A cinq francs les 100 kilos, le « deal » peut être intéressant, c'est la raison pour laquelle, nous avons tenté cette petite expérience: adjoindre ces patates lors de l'ensilage.

Lundi 16 octobre: Il m'a été donné de voir aujourd'hui quelque chose que je n'avais encore jamais vu! La vache « Idéale » s'est décidée ce matin à faire son petit veau. Jusque-là, pas de problème tout paraissait normal. C'est dans le courant de la matinée qu'il a bien fallu constater qu'il y avait un petit problème: le veau arrivait dans le mauvais sens, soit avec les pattes arrières! En soi, cette anomalie est assez courante, mais en plus de ça, il était sur le dos! Pour ma part, du jamais vu! Normalement dans un pareil cas il aurait fallu repousser le veau, le mettre dans le bon sens et alors le tirer dehors. Seulement voilà, Papa avait déjà entrepris les choses et le veau était trop engagé. Nous avons donc continué et ma foi avec un peu de chance, avons finalement réussi à le sortir. Un veau mâle de soixante kilos environ! C'est le deuxième veau aujourd'hui, ce matin en allant chercher les vaches, j'ai eu le plaisir de trouver le petit veau de « Jane », Pistache jolie petite génisse de 35 kilos environ!

Et puis aujourd'hui, nous avons commencé à arracher les endives. Elles se situaient cette année sur la parcelle en Chaud-Boccon. C'est là-bas que l'on trouve le sol le plus léger du domaine. Et dans ce terrain bien ressuyé, grâce au temps sec qu'il a fait jusqu'à aujourd'hui, l'arracheuse laissait dans son sillage une terre toute fine d'où émergent ici et là les racines trop petites. Les remorques sont livrées à Yens, au domaine de Loveresses. C'est là-bas qu'elles vont être triées, lavées et finalement stockées dans d'immenses frigos. Elles en ressortiront, pour entrer dans une autre grande halle obscur et humide afin d'y être « forcée ».

Mercredi 18 octobre: C'est encore une journée montagnarde aujourd'hui, avec comme travail à effectuer, cinq tonnes de scories potassiques à épandre sur le pâturage de la Lande-dessus. Pour cette opération, je suis accompagné de Cali, bras droit indispensable lorsque l'on se rend à la montagne. Il faut dire qu'avec lui, tout est bien organisé, et on commence avec un arrêt « thé » sur la route du Marchairuz alors que les premiers rayons du soleil commencent à illuminer la forêt recouvrant les pentes du jura. Les feuillus ont déjà arborés leurs teintes d'automne nous offrant ainsi un magnifique tableau. On est pas mal secoué pendant l'épandage de cet engrais, rien n'est plat sur la pâture! Il faut être prudent, bien choisir son itinéraire, être tout le temps attentif. Mais c'est assurément une très belle journée et ce n'est vraisemblablement pas le berger qui va me contredire!

Jeudi 19 octobre: Aujourd'hui est une journée un peu plus triste que les autres: nous avons dû nous séparer de Bella, la doyenne du troupeau, accidentée dans l'écurie. Une autre vache était en chaleur et cette vénérable grand-mère qui pensait que tout lui était encore permis, n'a rien trouvé de mieux que d'aller s'y frotter. Résultat: jambe cassée! On aurait souhaité la garder encore cet hiver et lui offrir une courte retraite. Elle l'aurait bien mérité, elle qui allait avoir 12 ans dans 4 jours et qui avait produit presque 90'000 litres de lait.

Dimanche 22 octobre: Levis et Caphorn, telles sont les deux variétés de blé que nous avons semées cette année. La dernière parcelle, en Chaud-Boccon où l'on vient juste d'arracher les endives, est semée aujourd'hui dans des conditions ma foi fort convenables, en tous les cas bien meilleures que l'année passée! La culture du blé est une longue tradition dans la région. N'appelle-t-on pas le Gros-de-Vaud le « grenier du canton »! Il faut avouer que cette culture est particulièrement bien adaptée aux terres et au climat de cette partie du pays, et quant au mois d'août, toutes ces parcelles recouvrant le plateau se sont habillées de cette couleur jaune caractéristique d'une culture étant à maturité, c'est toute une région qui vibre au rythme des batteuses, ces gros insectes dévorant minutieusement et géométriquement toutes ces étendues. Nous avons cette année ensemencé un peu plus de 10 ha. C'est un peu moins que d'habitude: rotation oblige! La culture du blé, à l'image de l'ensemble de l'agriculture, a connu une évolution rapide et conséquente. Mais ce qui caractérise peut-être le plus ces changements, c'est l'impressionnante chute de son prix de vente auprès de nos acheteurs.. Je me souviens que lorsque j'ai commencé mon métier d'agriculteur, il y a de cela maintenant quelques 25 ans, avoir livré du blé qui nous était payé 100 frs les 100 kg. En 2005, le prix accordé pour ces mêmes 100 kg s'est élevé à 55 frs...! Un prix de vente réduit presque de moitié! Et pour le plus grand bénéfice de qui? En tous cas pas pour le producteur, et malheureusement ni même pour le consommateur, qui a vu lui le prix de son pain continuer à monter.

Il faut que je mentionne encore qu'il a fallu que je sorte de la grange trois rouleaux de regain qui montraient d'inquiétants signes d'échauffement et ceci presque un mois et demi après avoir été bottelé! Ce genre d'incident peut très rapidement tourner à la catastrophe et il est courant que des fermes s'embrasent à cause d'une fermentation excessive du fourrage. Et puis n'oublions pas « Patricia », petite génisse née cette nuit, fille de Julie.

Mercredi 25 octobre: L'automne sait se faire hivernal, froid et humide. Le brouillard s'invitant sans vergogne durant de longues journées, qui additionnées les unes aux autres finissent par créer de longues semaines. La pluie quant à elle, lorsqu'elle se met à tomber, rend tout plus compliqué: les semis se font dans de mauvaises conditions, les énormes machines conçues pour l'arrachage des betteraves créent de profonds roussins, les dégâts se répercutant très profondément dans le sol. Les tracteurs qui sortent des champs salissent la route sur des centaines de mètres. Le bétail supporte très facilement des basses températures (bien mieux d'ailleurs que des trop hautes!), mais souffre quant il pleut de longues séries. Il provoque également des dégâts au sol sans compter que dans de telles situations, il consomme plus d'herbe avec les pieds qu'avec la bouche. Mais l'automne nous réserve parfois de belles surprises et sait aussi se faire agréable et doux, comme aujourd'hui et ces jours passés. Le soleil bas sur l'horizon donne cette luminosité si particulière, accentuant si il le fallait encore la beauté des forêts. C'est à cette époque qu'il faut penser à laver les machines, travail humide et salissant à souhait!

Il faut également mentionner qu'aujourd'hui a vu l'arrivée de « Pompagnolle », une petite génisse de race limousine dont Vincent s'est porté acquéreur et qui va vivre chez nous, sa vie de petit veau et de futur modzon. Quelques animaux de l'exploitation ne nous appartiennent pas. Propriété de quelques passionné(e)s pour certains, gourmets pour d'autres, ils sont là comme je le disais, de part la volonté de leurs maîtres(ses) pour vivre leur destin de bovin.

Lundi 30 octobre: Ce matin, j'ai tondu les deux premières vaches. C'est un travail de longue haleine, qui trouve sa raison d'être dans le fait que les vaches se salissent nettement moins une fois tondues. Cette activité peut toutefois se révéler dangereuse: en effet, les coups de pieds partent parfois sans prévenir. Mon oreille droite encore toute tremblante, peut d'ailleurs le confirmer...

Et puis il y a deux jours, Denise a fait son petit veau, une magnifique génisse baptisée Pomme. Denise est une spécialiste de la carence en calcium et cette année ne fait pas exception à la règle: elle reste parterre. Deux interventions du vétérinaire seront nécessaire pour corriger le tir. A noter encore que Jawa a fait deux veaux vendredi. J'ai cru durant un instant que c'était des jumelles, il m'a fallu malheureusement déchanter: nous avions la paire! Il faut savoir que dans un pareil cas, la génisse est quasiment systématiquement stérile, d'où ma déception en constatant la présence d'un petit mâle.

Mardi 31 octobre: Cette dernière journée d'octobre sera consacrée à l'arrachage de betteraves chez le cousin Jean-Daniel. Rapidité et efficacité sont les maîtres mots appliqués par les entreprises de débardage qui se sont spécialisées dans cette activité. En cette journée ensoleillée, point de temps pour la rêverie et la contemplation de la nature, il s'agit de suivre le rythme soutenu des énormes machines et tracteurs utilisés pour ce travail. Alexi et moi-même « tournons » avec nos tracteurs et remorques afin de transporter du champ au tas, les betteraves fraîchement arrachées.

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