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Novembre 2006 |
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Mercredi 1er novembre: La Toussaint! N'est-ce pas le jour des morts? Et bien ce mois de novembre commence ma foi fort mal! Ce matin, nous avons trouvé Origane génisse qui venait d'avoir une année le 17 octobre, étendue morte. Elle était avec les autres modzons et veaux de moins d'une année dans la pâture que nous appelons « la Gravière ». Elle ne nous avait donné aucun signe pouvant laisser présager d'une pareille issue. Elle se portait comme un charme et nous ne cessons de nous interroger sur les raisons de ce décès.
Jeudi 2 novembre: Ce matin au réveil, je suis accueilli par l'hiver en sortant de la maison. La température est en dessous de zéro et la bise cette mal-aimée, souffle déjà assez fort. Signe de cette fraîcheur déjà hivernale: la clarté du ciel. Les étoiles sont splendides de netteté. La Grande-Ours pointe en direction du sol le manche de cette espèce de casserole qu'elle forme, et nous indique le Nord. Dans le parc, l'herbe blanchie par la rosée transformée en cristaux de glace, crisse sous mes pas. Il faudra s'habituer à nouveau au froid! J'entends au loin par dessus « la Côte », le son d'une clochette. Il provient du parc où se trouvent les vaches taries. Le bruit du battant est caractéristique d'une vache léchant son veau. Il s'agira tout à l'heure d'aller vérifier ceci. Une fois le jour levé, nous avons pu constater qu'il y avait effectivement un nouveau pensionnaire dans le parc. Justine avait donné naissance à un gros taureau.
J'expliquais que l'automne, les génisses pâturaient des parcelles souvent assez éloignées des étables. Il fut une époque où les troupeaux étaient habitués à se promener sur les routes pour passer d'un parc à l'autre. Ce n'est plus vraiment le cas aujourd'hui et si l'on ajoute le problème de la circulation, on préfère souvent les promener avec le char à bétail. Alors se pose là, le problème du chargement: certains récalcitrants démontrent parfois une mauvaise volonté lorsqu'il s'agit de monter dans le char. Remède contre ceci, faire preuve de calme et de patience, disposer de solides barrières et surtout être assez de monde pour donner un coup de main. Ce matin, j'avais donc rendez-vous avec Marco pour charger deux vaches se trouvant « au Trésit » et Yuyu qui lui, avait ses modzons près du stand d'Oulens. Nous avions donc tout réunis: barrières, calme, patience et un commando de cinq hommes pour que dans les faits, tout se déroule effectivement bien. Vous avez peut-être déjà compris que fort de cette réussite, cette petite transhumance s'est terminée autour d'un verre.
Lundi
6 novembre: Réveil très matinal ce lundi: 2
heures 30! C'est le téléphone qui m'a sorti du profond
sommeil dans lequel je me trouvais. Un appel téléphonique
au milieu de la nuit n'est que rarement une bonne nouvelle, alors
c'est avec un peu d'appréhension que Anne-France a répondu.
Sans être grave, c'était effectivement une annonce qui
ne m'a pas fait bondir de joie: Alexandre m'appelait pour me dire que
mes vaches étaient dans les jardins des nouvelles villas
construites cet été, c'était un des nouveaux
propriétaires qui l'avait averti. A moitié endormi,
j'encaisse la nouvelle et tout en cherchant fébrilement mes
chaussettes qui avaient comme un fait exprès disparu, je
commence à réfléchir comment une chose pareille
a pu se produire! Dans un pareil cas, on sait quand on part, mais on
a aucune idée du temps qu'il faudra pour que les choses
rentrent dans l'ordre.
Rapide passage à la chaufferie pour
y prendre la lampe de poche, et me voici à l'écurie.
Premier sujet de satisfaction: les vaches sont là! Et
semble-t-il le troupeau dans son entier. Je me dirige ensuite vers
l'appareil électrique qui alimente la clôture. Deuxième
sujet de satisfaction: il affiche « 99 », ce
qui veut dire que la clôture n'est pas cassée. Donc
théoriquement, les vaches taries et les génisses n'ont
pas déserté le parc dans lequel elles se trouvent. Très
égoïstement, je pousse un ouf de soulagement et me dis
que le lit se rapproche! J'entre dans le parc et me dirige vers les
nouvelles constructions. Si il nécessitait un troisième
sujet de satisfaction, et bien il fallait le trouver dans cette
magnifique nuit illuminée par la pleine lune. Toute ronde,
elle éclaire mes pas et projette sur le sol givré,
l'ombre des arbres. La fraîcheur de la nuit m'a définitivement
sorti de la torpeur d'un réveil brusque et subit. Je finis par
arriver sur les lieux du drame pour y découvrir qu'en effet, 7
génisses d'une année environ se trouvent coincées
sur le magnifique gazon des toutes nouvelles villas investies très
récemment par leurs propriétaires. Je trouve également
un représentant de ces nouveaux habitants, lui également
tiré du lit un peu brusquement par l'arrivée de ces
invitées surprise. Je suis définitivement rassuré
en découvrant que les bêtes qui me font face sont de
race limousine et ne peuvent par conséquent m'appartenir.
C'est donc à nouveau très égoïstement que
je pousse un dernier ouf de soulagement.
Mais cela ne règle pas le problème: que faire de ces génisses? La solution n'est finalement pas si difficile à appliquer. Je n'ai qu'à ouvrir le parc voisin, dont je sais qu'il est équipé pour recevoir du bétail puisque Alexandre l'utilise la journée pour ses vaches, et pousser très tranquillement ces sept exploratrices. Surtout ne pas oublier d'aller fermer l'entrée principale parce que ce serait trop bête qu'elle ressortent par là, et le tour est joué!
Mais ce n'était pas fini, j'avais rendez-vous à 6 heures 30 aux Tuileries de Grandson, chez Louis pour charger une génisse, limousine elle aussi. Seulement j'ai eu affaire là-bas, à un animal qui n'avait pas autrement l'intention de se laisser embarquer comme ça sans autre forme de procès. On la sentait très nerveuse et elle réussit à nous fausser compagnie avec un petit veau. Pour la deuxième fois aujourd'hui, je me retrouvais à nouveau sur le gazon d'une villa, à essayer de convaincre une génisse de réintégrer son étable.
Dans la vie, il faut parfois un peu de chance, et à mon avis ce matin nous en avons eu un petit peu, car la génisse et sa copine d'évasion ont finalement rejoint leur bercail.
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Et puis cet après-midi, était prévu le grand retour des 17 génisses (sur la photo, Katia et Nadine) qui étaient stationnées « En Perey Ecot » depuis la descente, il y a plus d'un mois. Retour effectué à la force des mollets et au pas de course à travers le village. Je ne vous cache pas qu'un petit moment d'appréhension m'a tiraillé lorsque nous avons passé à côté du chemin menant tout droit au magnifique gazon des nouvelles constructions! J'aurai très mal vécu le fait de devoir une nouvelle fois aujourd'hui, courir après des génisses dans un jardin de villa! Mais au final, tout s'est bien déroulé grâce il est vrai à une préparation minutieuse de l'opération et à une escouade de « modzenis » hors-pair. Au terme de cette équipée, c'est donc dans une ambiance de satisfaction générale, que l'équipe s'est réunie afin de fêter comme il se doit cette « petite descente ». |
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Mercredi 8 novembre: Quel artiste, quel peintre, quel homme ou quelle femme est-il capable d'exprimer la beauté qu'il nous est donné d'admirer jour après jour en ce début du mois de novembre. Le secret ne résiderait-il pas dans le fait qu'il s'agit simplement d'être présent, qu'il ne s'agit que d'être ouvert à cette fugitive splendeur que nous offre à chaque instant la nature. Notre métier nous impose de multiples contraintes mais finalement nous offre beaucoup d'avantages. Des avantages tels qu'il nous ont été d'admirer ce soir: la « Côte » illuminée par le soleil couchant. En arrière plan le « petit bois derrière chez moi » comme j'ai l'habitude de l'appeler, de son vrai nom le « Bois d'Iquederrey », tout habillé de ses couleurs d'automne, brillant de tout son éclat. Et en avant plan, les génisses broutant encore ce qui reste d'herbe dans le parc, disposées dans un ensemble qui laisse penser qu'on les a arrangées pour une photo. La beauté nous entoure, il suffit simplement d'y être sensible, de la voir et de la comprendre. |
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Dimanche 12 novembre: Il est un animal vivant sur l'exploitation dont je ne vous ai pas encore parlé! Et là il faut que je vous avoue que si je ne l'ai encore pas fait, c'est que nous entretenons lui et moi, des rapports qu'on peut qualifier de plutôt inamicaux. Certaines mauvaises langues vous diront même que « inamical » est bien en dessous de la vérité. Pour ma part, je ne serais pas si excessif et me contenterai de parler d'une totale et réciproque absence de sympathie. J'imagine déjà que certains d'entre vous vont trouver étrange ce fait, surtout de la part d'une personne, paysan de son état, sensé s'occuper au mieux de son bétail. Il faut dire que Bibiche, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, ne fait rien, mais alors rien du tout pour essayer de faire en sorte que je l'apprécie. Tenez, pas plus tard qu'il y a deux mois, alors qu'elle venait de passer un magnifique été à la montagne, cette bestiole n'a rien trouvé de mieux que de me casser le nez. Vous rendez-vous compte! C'était le jour de la descente et comme je le disais cette chèvre naine du Tibet venait de passer la saison sur l'alpage avec ses copines les vaches. En totale liberté durant tout l'été, il s'agit d'arriver à la rattraper le moment venu pour la redescendre en plaine, chose guère aisée vous l'imaginez bien. Or ce matin de descente, point de Bibiche! Georges le berger, tout déçu de son absence, m'affirme l'avoir furtivement aperçue ce matin, mais depuis plus rien! Aurait-elle eu vent d'une quelconque rumeur de descente et pour s'y soustraire se serait enfuie dans le sous-bois? Un lynx serait-il passé par là? Les suppositions vont bon train et en mon fort intérieur, je me dis que peut-être je n'aurais pas à supporter sa présence cet hiver.
Je me réjouissais trop vite! Car finalement, nous la dénichions juste derrière la stabulation, à peine visible, confortablement installée entre deux cailloux. Il fallu ensuite toute la ruse et l'expérience de Georges pour parvenir à l'enfermer dans la grange, il nous semblait alors que le plus dur était fait!. Je me trompais lourdement, car le plus dur fut la rencontre entre ses cornes et mon nez: imaginez qu'après avoir rampé sous un char pour la déloger de l'endroit où elle s'était faufilée, je me tenais face à elle, à demi accroupi dans la position du chasseur prêt à fondre sur sa proie. Elle, acculée tout contre le cornadis, ne s'avouant visiblement pas vaincue, pris son élan et ... sauta! C'est à ce moment là que l'on se rencontra! Dans un mouvement d'une parfaite coordination et à la balistique idéale, mon nez comme je le disais plus haut rencontra fort vigoureusement ses petites, mais très solides cornes. La suite fut évidemment sanglante, non pas que je me vengeais d'une manière ou d'une autre, mais bien plutôt que le sang coula de mon nez durant de longues minutes.
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Ceci est un exemple parmi tant d'autres montrant combien la cohabitation avec cette chèvre est parfois difficile. Je ne vous parle pas des milliers, que dis-je, des millions de petites crottes qu'elle dépose consciencieusement un peu partout dans la grange. Et si possible en me narguant, dès qu'elle me voit arriver. Alors me direz-vous, pourquoi garder cet animal? En fait c'est une longue histoire. |
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Disons-le d'emblée, il est forcément sympathique et très amusant de voir cette chèvre suivre les vaches dans leurs déplacements à la pâture, cheminant fièrement en tête du troupeau. Et puis ce n'est pas la première chèvre que nous avons hébergée. Avant elle, il y eu « Bibiche I ». Son arrivée sur l'exploitation en 1988 coïncida avec la mort du vieux cheval à qui elle tenait compagnie. Nous ne savions rien de son ancien propriétaire, mais à la lecture d'un article de Claude Langel paru dans « le Matin », nous avons compris que pour certains, la chèvre avait connu le même sort que le cheval. Maman se fit un plaisir d'écrire à la journaliste pour lui dire que « Bibiche » était toujours vivante et qu'elle avait trouvé un nouveau foyer. Le dimanche suivant, un deuxième article dont vous pouvez prendre connaissance en cliquant ici paraissait pour annoncer l'heureuse nouvelle de la survivance de la chèvre « Bibiche » au monde entier ou du moins aux lecteurs du « Matin ». Vous pouvez également la découvrir sur la photo ci-contre en train d'avoir une discussion animée et visiblement très intéressante avec les deux cousines Clara et Elodie, alors âgées d'une année et demi. |
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Aussi quant arrivée au terme de sa longue et oisive vie de chèvre, « Bibiche I » décéda, une personne bien intentionnée que je ne nommerai pas ici, pensa à mon grand dam qu'il serait sympathique de la remplacer! C'est ainsi qu'un jour débarqua « Bibiche II » Vous comprendrez dès lors un peu mieux combien il serait difficile et mal apprécié dans mon entourage, d'imaginer une autre issue pour « Bibiche II », que celle d'une heureuse et paisible retraite. Et puis tant pis pour le propriétaire du nez endolori qui n'a qu'à faire le poing dans sa poche...
A noter encore que la génisse Marion a donné naissance à un petit taureau ce matin, alors qu'il y a trois jours c'était Grive qui vêlait. Grive c'était la maman d'Origane, ce modzon trouvé mort un matin au début de ce mois. On ne devrait pas raisonner de cette manière, mais difficile de ne pas penser que la petite génisse née il y a quelques jours ne remplace pas sa défunte soeur.
Lundi 13 novembre: mise bas de Galine, un magnifique gros mâle.
Mardi 14 novembre: Très mauvaise surprise ce matin! Un nouveau modzon étendu mort au parc! Contrairement au premier, on voyait bien que celui-ci n'était pas au mieux. Hier je le regardais et je m'étais dit qu'il faudrait le rentrer et l'ausculter. Et puis la journée passe rapide, et remplie de mille et un travaux. Alors on pense: demain...
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Mercredi 15 novembre: Temps magnifique et soleil radieux! Mais avouons le: chaleur excessive pour un mois de novembre! Le thermomètre dépasse allègrement les 15o C. Ce matin, le brouillard a été de la partie durant quelques heures. Puis le soleil s'est installé pour le reste de la journée. Le peu de feuilles qu'il reste sur les arbres brillent sous les rayons du soleil. Ces jours-ci, les bouleaux sont particulièrement beaux et nous ne nous lassons pas d'admirer tous les soirs celui du marais. Aujourd'hui j'ai tondu quelques vaches mais surtout, nous avons passé Lisette, Fistule et Lolotte sur le travail. Les deux premières avaient de vilaines cerises! Quant à la troisième, nous lui avons simplement fait les pieds qu'elle a très mauvais d'ailleurs. |
Vendredi 17 novembre: Petite pluie fine pour accueillir le représentant de la maison CREMO, notre acheteur de lait. Auto-contrôle et assurance qualité obligent, cette visite se place dans l'optique de garantir aux consommateurs, une qualité optimale de nos produits. Elle fait partie de ces multiples contrôles qui se sont multipliés ces dernières années: PER, Suisse Qualité, AQ viande, IP suisse, etc... Signe des temps, particularité d'une époque en mal de sécurité, font qu'aujourd'hui tout doit pouvoir être contrôlé, surveillé, strictement quantifié. Ce qui n'est pas interdit doit être alors réglementé et avouons que sur ce sujet, la Suisse est particulièrement bon élève. Nous disposons à Berne, mais aussi dans nos administrations cantonales, d'éminents stratèges en matières de réglementation, appuyés et secondés qu'ils sont, par une armée de juristes toujours prêts à traquer la faille ou la virgule mal placées. Car si il est bien une certitude, c'est que faille et virgule mal placée il y aura, car immanquablement plus le nombre de lois et autres règlements est élevé, plus le risque de chevauchement, d'interprétations et de contradictions suivra le même chemin.
L'agriculture n'échappe malheureusement pas à cette tendance actuelle qui oblige les paysans à délaisser quelque peu leurs tracteurs, vaches et autres machines pour s'asseoir au bureau et à se plonger dans ce dédale administratif. Beaucoup de mes collègues pour qui s'installer au bureau s'apparente à de la torture, regrettent forcément cette « dérive administrative ». Il est vrai qu'en la matière, notre profession est peut-être restée en marge de ce qui se faisait ailleurs. Après tout, il n'est encore pas rare de voir qu'une poignée de main scelle un marché! Souhaitons toutefois que ce bon sens terrien, peut-être quelque fois idéalisé et exagéré, mais qui sans nul doute existe réellement, puisse perdurer par-delà les modes qui se succèdent au gré du temps.
Et puis il faut annoncer les mises-bas ces derniers jours, de Katia, Nancy, Estelle et Gazelle. La première série de vêlages s'est caractérisée par une majorité de génisses, cette deuxième partie rétabli l'équilibre puisque ce sont plusieurs taureaux qui sont nés. Seul veau femelle à signaler: Pigalle, la fille de Nancy. On déplore également le veau mort-né de Katia, la génisse à PAF. Malgré ce fait, le box aux veaux est désormais bien plein, il faudra bientôt envisager de déménager les veaux les plus gros, afin de faire de la place pour la suite.
Lundi 20 novembre: Ce matin, le jura est recouvert de blanc! Le Suchet est magnifique et la neige est descendue presque jusqu'à Ballaigues. On sent bien que la fraîcheur s'est installée. Nos deux dernières vaches vêlées, Gazelle et Estelle, nous donnent quelques soucis. On les voit en mauvaise forme et les deux ont fait un quartier, (inflammation d'une partie du pis) qu'il s'agit de soigner. Cette faiblesse affichée et ce manque d'entrain est-il le fait de ceci? Difficile de dire. Il faut les surveiller et si cela ne s'améliore pas les faire ausculter par le vétérinaire.
Mercredi 22 novembre: En automne, quand la pluie se met de la partie, on sait quand elle commence, mais jamais quand cela finira. Or depuis lundi, il a plu presque sans discontinuer, et cette nuit les averses furent parfois abondantes. Globalement, avec les travaux des champs qui sont pour l'essentiel terminés et que le bétail est dans son ensemble à la « chotte », cela ne porte guère à conséquence. Malgré tout, je dois mentionner un petit bémol: les veaux de l'été qui sont avec les vaches taries et les « modzons », n'ont encore pas trouvé le chemin de la stabulation. Ils passent ainsi leurs nuits et leurs journées à l'extérieur alors que la possibilité leur est offerte de venir se mettre à l'abri. En soi, ce n'est pas dramatique, mais ça m'ennuie un peu du fait que ces jeunes petits modzons mériteraient un peu plus de confort.
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Jeudi
23 novembre: Pompagnolle, (puisque que officiellement elle
n'a encore pas été baptisée, je continuerai
de la surnommer de cette manière), a déménagé
ce matin. En compagnie de trois de ses copines, elle a pris
possession de ses nouveaux quartiers, soit la petite stabulation
des veaux. Cet endroit est très apprécié de
ces derniers du moins quand la bise ne souffle pas, puisqu'ils
peuvent selon leurs envies se rendre à l'extérieur. |
Vendredi 24 novembre: Nouvelle polémique sur les coûts engendrés à la société par l'agriculture suisse. Ce matin à la radio, dans les journaux, tout le monde en parle! Cette fois, c'est la Fédération des entreprises suisses, « EconomieSuisse », principale organisation faîtière de l'économie suisse qui se fend d'un rapport expliquant les mesures, qui selon elle devraient être appliquées aujourd'hui pour que l'agriculture suisse puisse et là, je reprends ses termes « redevenir compétitive ». Alors évidemment, comme le relève assez bien ce rapport, la politique agricole en Suisse est devenue d'une complexité impressionnante. On ne compte plus le nombre de lois, d'ordonnances qui régissent cette activité. Il y a quelques jours, je dénonçais cet état de fait et je ne peux que constater que ce rapport me rejoint sur ce sujet. Sur quelques points encore, spécifiquement d'ordre général, je reconnais également quelques convergences de vue. Mais c'est surtout en y regardant de plus près et en découvrant les solutions préconisées, que les divergences apparaissent. Je suis partisan de la simplicité, mais là, nous sommes face à des solutions simplistes et forcément réductrices! A moitié étonnant me direz-vous en sachant qu'elles proviennent de technocrates qui n'ont visiblement jamais pris le temps de s'immerger pleinement au coeur du problème. Notre tort, serait de nier que problèmes il y a, mais comment ne pas trouver suspect, la sortie d'un dossier si extrémiste à quelques jours de la votation au parlement sur les crédits cadres de l'agriculture. D'autant que ce dossier a été publié depuis déjà plus de deux mois et qu'il a jusque-là, passé complètement inaperçu auprès de la presse. Il serait intéressant de savoir exactement qui se trouve à la base de cette polémique.
Les sommes en jeux sont vraiment importantes et il est normal qu'elle soient distribuées de la manière la plus rigoureuse possible. Mais si l'on en est arrivé à des montants pareils, ce sont pour de multiples raisons qui prisent séparément et remises dans leurs contextes avaient et pour une bonne partie, ont encore toutes leurs raisons d'être.
Heureusement que cette journée avait plutôt bien commencé: la nature nous a gratifié d'un magnifique levé de soleil, un de ceux que l'on garde très longtemps en mémoire! De longs nuages de foehn aux courbes lisses et soyeuses (je ne devrais pas mais tant pis je me lance:: aux courbes lisses et soyeuses comme un corps de femme...!!!) s'étiraient sur les Alpes. Gris sur un de leurs côtés, les premiers rayons du soleil imprimaient un aspect rosé sur l'autre. Entre eux, le ciel apparaissait d'un bleu mélangé de jaune. Il était clair, presque transparent et les Alpes s'y découpaient nettement à l'horizon. Un très beau tableau qui nous permet de supporter tout le reste.
Lundi 27 novembre: Des nouvelles de Lisette, vache à qui nous avons essayé de soigner une « cerise » il y a quelques jours. Et bien, aujourd'hui nous l'avons montrée au vétérinaire car il n'y avait pas d'amélioration. Et en effet, elle avait une très vilaine infection. Alors, nettoyage, désinfection de la place et piqûre. Le diagnostic quant à une guérison est plutôt réservé...
Mardi 28 novembre: Nadège a fait le veau aujourd'hui. Un petite génisse très vite baptisée Popeline. Avec la naissance de Pigalle il y a quelques jours, ce sont deux petits veaux qui ont hérité des noms de deux vaches qui ont marqué l'écurie. Je ne me souviens plus si j'ai déjà expliqué comment l'on procédait avec le nom des bêtes aussi, je prends le risque de me répéter et de préciser que nous changeons de lettre chaque année à mi-saison, en suivant l'ordre alphabétique. Bien sûr, quelques-unes sont laissées de côté vu l'éventail de choix plutôt restreint qu'elles nous offrent (x, y, etc...). C'est ainsi un tournus de 19 ans qui est effectué, et c'est de cette manière que réapparaissent des noms qui ont parfois laissés de bons souvenirs, mais parfois aussi de mauvais. Comme je le disais, ces deux -à ont hérité de patronymes portés par deux excellentes vaches. Espérons qu'elles feront honneur à leurs ancêtres.
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Vendredi 30 novembre: Le passage de la vie de génisse, insouciante et frivole, à celle de vache, plus productive et rigoureuse, ne s'effectue pas toujours sans quelques heurts et douleurs. En premier lieu, le vêlage qui en soi constitue pour ces jeunes vaches, une épreuve souvent douloureuse et pénible. Puis tout de suite après, il y a l'apprentissage de la traite qui lui, ne se fait pas sans friction entre l'animal et le trayeur. Afin de soulager ces étapes, nous avons pris l'habitude d'intégrer au troupeau une quinzaine de jours avant leur vêlage, les génisses prêtes. Elles ont ainsi la possibilité de découvrir plus tranquillement leur nouvel environnement et de trouver leurs places dans la hiérarchie du troupeau. C'est pour nous également l'occasion de les faire passer dans la salle de traite afin de les habituer à cet espace qu'elle découvre pour la première fois et dans lequel elle sont contenues sans grande possibilité de mouvement. C'est donc la démarche que nous avons effectuée avec Nadine, jeune génisse au caractère parfois capricieux digne de sa propriétaire « breizh». Son deuxième passage dans la salle de traite confirma clairement le côté insoumis de sa personnalité, puisqu'elle parvint à exécuter un exploit qu'aucune autre de ses consoeurs n'avaient encore réussit à faire jusqu'à ce jour! Alors que la salle de traite (salle de traite épi 2 x 5) est dimensionnée de manière à ce qu'une vache de corpulence moyenne y prenne place sans problème, elle parvint à s'enfiler à côté de la vache qui la précédait et à lui passer devant! Pour reprendre une expression vaudoise: « vous auriez du voir ce trapèze! ». C'était d'autant plus impressionnant que les jours précédents, elle avait passé dans la salle de traite sans autre difficulté. Qui pourrait dire ce qui se passe dans la tête d'une vache?