Mai 2007



Mardi 1er mai: Certains d'entre vous se souviendront de ma remarque l'automne passé concernant les pneus utilisés pour couvrir le silo; et bien croyez moi, l'aspect esthétique ne s'est pas amélioré! Toujours aussi moche! Mais par-contre toujours aussi facile d'utilisation, toujours aussi imputrescible, toujours aussi... économique. Ce matin de bonne heure, j'ai donc recouvert le silo d'une bâche, d'un filet de protection et pour terminer, réparti sur toute sa surface quelques 200 pneus pour plaquer le plastique. Travail très salissant et pénible.

Et puis le rebouteux est venu trouver Janine. Il a ausculté et massé longuement cette patte qui visiblement ne fonctionne pas à satisfaction. Il faudra j'imagine un peu de patience avant qu'elle retrouve son usage complet. Nous avons profité de montrer également Lolotte qui, malgré son passage sur le travail, boite elle aussi depuis pas mal de temps. Je suis d'ailleurs presque plus inquiet par son cas !

Mercredi 2 mai: Journée consacrée au bureau et à « La Pile ». Vous savez ce vilain tas de papiers et autres documents en tous genres qui ne fait que de monter pour ne redescendre qu'en de trop rares occasions. En fait, tous les agriculteurs du canton sont soumis à une échéance qu'il s'agit de ne pas manquer: en date du 7 mai, il faudra que tous les documents relatifs à notre affiliation au programme PER (Prestations écologiques Requises, pour en savoir plus: le site de l'OFAG) soient arrivés chez la personne responsable de les collecter. Le même délai existe pour d'autres documents, ceux que le canton nous demande de remplir en rapport avec les paiements directs. Il s'agit donc de compléter consciencieusement ces divers documents qui garnissaient jusqu'à aujourd'hui une « Pile » qui je vous l'avoue avait atteint une hauteur assez impressionnante.

Pendant ce temps, Philippe s'est installé au volant du tracteur, croché la charrue et s'est lancé courageusement à l'assaut de la parcelle fraîchement ensilée. Rien ne permettait de penser que cela allait aller tout seul! Le sol est dur et sec. De plus, le ray-gras est une culture très exigeante en eau et qui a tendance à sécher encore plus le terrain, et ne parlons pas du passage répété du bétail en automne alors que les conditions sont parfois inadéquates. Alors en effet, rien n'était gagné d'avance et ce n'est pas le petit litre d'eau qui est tombé cet après-midi qui allait changer les choses. Et puis finalement, en y allant lentement le labour s'est avéré possible et les tours de charrues se sont accumulés....

Jeudi 3 mai: ... pour finalement terminer la parcelle en fin de journée. Mais de mémoire de paysans, rarement nous avons eu à faire à de telles conditions. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je n'arrive pas à me rappeler d'une terre aussi sèche et dure. Même dans les prairies, on peut observer des fentes qui se forment par manque d'eau et ce phénomène là, c'est bien la première fois que je l'observe.

Et puis pendant que le chauffeur du tracteur se faisait secouer dans la cabine, j'ai de mon côté, profité de lâcher les six petits veaux qui n'avaient pas encore fait l'apprentissage du parc. Je les ai mélangés avec la première équipe qui elle est déjà parfaitement rodée. Tout s'est bien passé: pas de fil cassé suite à des cabrioles trop excessives et tous sont sagement restés dans le parc. Non, le plus dur a été de les sortir de leur box. Pas un qu'il n'a pas fallu tirer, ou plutôt extirper de cet enclos qu'ils ne souhaitaient pas quitter. La palme revient même à Polka, cette si jolie génisse qui possède déjà le très sale caractère de sa maman! Elle n'a pas fait un pas toute seule, tout du long à freiner des quatre pieds! À tel point que je suis arrivé au parc complètement éreinté! Alors en guise de représailles, je lui ai donné un surnom: « Petit C... ». Désolé, mais j'étais obligé!

Vendredi 4 mai: La pluie est annoncée depuis maintenant une semaine par nos météorologues, mais celle-ci s'amuse à déjouer leurs prévisions et retarde systématiquement son arrivée. Tous les matins, le même scénario se répète inlassablement avec cette bise qui souffle et rafraîchit sensiblement l'atmosphère. Le simple fait de sa présence me fait douter de l'arrivée de quelques averses que ce soit. Alors bien sûr, il y a ces longues traînées de nuages élevés qui nous masquent les étoiles et se parent de rose et d'orange au levé du soleil. Ils maintiennent un peu l'illusion de l'arrivée de la pluie, mais sont beaucoup trop hauts pour être d'une quelconque efficacité en matière d'arrosage naturel. Alors, j'ai peur que pour la pluie, il faille encore attendre un peu. Mais ce matin, le spectacle se donne surtout à l'ouest. C'est dans cette direction qu'il faut regarder pour admirer la magnifique pleine lune à peine voilée par les nuages. Elle semble suspendue au bout d'un interminable fil au-dessus de Genève, comme une lanterne géante.

Il faut environ une demi-heure pour faire le tour de la pâture à la recherche et à la récupération de l'ensemble du troupeau. Aucun bruit ne se fait entendre quand je m'y élance à l'aveuglette, entouré par l'obscurité. Mais les vaches ont leurs habitudes et je sais déjà où les trouver: tout en haut de la côte, à l'extrémité la plus lointaine de la pâture. Elles m'attendent, toutes couchées, et ni mon arrivée, ni mes appels ne suffisent à les motiver à se lever et à prendre la direction de l'écurie. Je suis obligé de passer vers chacune d'entre elles et de les faire lever à l'aide d'un petit coup de bâton. Petit à petit, au fur et à mesure de mes encouragements, le tintement des clochettes retentit et m'entoure. Puis elles démarrent, se décident enfin à se mettre en route, inondant cette fois le Marais de la mélodie cadencée du troupeau « ensenaillé ».

Samedi 5 mai: Les météorologues ont fini par avoir raison, la pluie est arrivée! 28 litres d'eau ici à Bettens. 28 litres infiniment bienvenus après cette longue et exceptionnelle période de chaud et sec. C'est à la fois beaucoup et en même temps insuffisant pour les végétaux qui ont besoin d'un apport d'eau régulier. Mais soyons déjà satisfait de la quantité tombée, sinon on va encore dire que les paysans sont de éternels insatisfaits qui ne savent pas se contenter de ce qu'ils ont. Avouons que nous entretenons un rapport avec la météo pour le moins ambigu, puisque le besoin en eau en période de végétation devrait être comme déjà dit plus haut régulier et constant, mais que nous avons besoin également d'assez longues périodes de beau pour récolter le fourrage ou les cultures; pas simple! Ce qui est sûr, c'est que la quantité tombée aujourd'hui va considérablement nous faciliter le travail de préparation des parcelles que Philippe vient de labourer et où seront semés les endives et le maïs.

Et puis à relever une nouvelle chute à l'écurie. Lisette a connu la même mésaventure que Janine quelques jours plus tôt: elle a glissé et s'est écartée. Bloquée ainsi par terre, elle n'a pas pu se relever. Il faut dire qu'elle avait déjà chuté de pareille manière à la montagne la saison passée. On la sentait depuis lors, fragile et peu sûr d'elle. C'est la terrible loi des séries qui s'applique... Heureusement que Janine donne tous les signes d'un rétablissement rapide. Osons espérer qu'il en ira de même avec Lisette...

Mardi 8 mai: Mes prévisions quant à la préparation du lit de semences de la parcelle du « Marais » sur laquelle sera semé le maïs s'est avérée fondée. L'eau tombée samedi a eu un effet plus que bénéfique sur la terre et les sillons du labourage qui n'attendaient que le passage du tracteur pour s'émietter. Le deuxième passage ne servit qu'à rendre un peu plus plat le terrain. Il n'en fallait pas plus pour attirer le semeur, en la personne de Yves qui, équipé de son gros tracteur et de son énorme semoir ne mit guère de temps à semer les quelques 585'000 grains de maïs nécessaires pour l'ensemble de la surface. Cette étape effectuée, Philippe s'en est allé préparer la parcelle pour les endives. Si pour celle-ci, les conditions du hersage furent les mêmes qu'au Marais, il ne va pas en aller de même pour le semis. Je résumerai ainsi: le semis des endives est tout « un mic-mac », un énorme exercice de jonglerie! Hersage, traitement, re-hersage, semis le plus rapidement possible après le re-hersage, couverture du sol avec d'immenses films plastique, etc... Enfin, ce soir il pleut et le processus est momentanément en stand-by. Attendons pour voir.

Mercredi 9 mai: Le jour de la montée se rapproche et les préparatifs vont bon train. Il y a une somme de petites choses auxquelles il faut penser et préparer. Mais je ne me fais pas d'illusions, il y aura forcément un détail qui nous échappe. Ou alors, c'est par exemple la liste du bétail préparée de longue date et rangée précieusement dans un endroit supposer « stratégique » de manière à ne pas l'oublier, et que le jour venu, on finit tout de même par ... oublier! Toutefois, il y a des choses essentielles qui elles, ne doivent pas nous échapper. Comme par exemple, réserver les camions pour le transport des vaches jusqu'à l'alpage. Ou encore prévenir le camion du lait qu'à partir de tel jour, il ne sera plus nécessaire de passer. Alors déjà un bon point: ces deux choses sont faites!

Et puis je vous parlais du « mic-mac » pour le semis des endives; et bien il a commencé ce soir, car demain le semeur vient mettre en place cette culture si exigeante dans sa conduite. Philippe et Alexandre sont sur la parcelle, l'un avec la pompe à traiter à effectuer des passages de demi-barre et l'autre le suivant de près avec la herse et deux rouleaux pour incorporer le produit. Il a fallu attendre la tombée de la nuit pour bénéficier des conditions favorables. C'est en effet à ce moment que l'atmosphère est la plus calme et qu'aucun souffle de vent ne vient perturber le travail de la pompe à traiter.

Vendredi 11 mai: Voici arrivé le grand jour de la montée. Non seulement grand par sa durée, puisque débutant généralement avant l'aube et se terminant tard dans la nuit, il est également grand par l'étape importante qu'il représente dans la saison. Levé donc vers 4 heures pour la traite qu'il a fallu quelque peu avancer de manière à être prêt pour l'arrivée des camions attendus vers 6 heures. Je suis surpris de trouver les vaches juste derrière l'écurie et fais ainsi l'économie d'une longue promenade nocturne et d'une bonne vingtaine de minutes sur le « gouvernage ». La traite fut saluée par quelques coups de tonnerre et des éclairs zébraient le ciel du côté du Jura. De même par dessus le Léman, le ciel s'embrasait de courts instants, laissant imaginer qu'un orage devait sévir sur la Savoie. Un petite averse vint même rafraîchir l'atmosphère et humidifier le sol, mais finalement rien de bien grave, et un certain optimisme régnait quand à la possibilité d'arriver au bout de cette journée sans être mouillé.

A six heures précises, le premier des deux camions arrivait devant la ferme. Michel, le chauffeur le mit en place et le chargement des 23 vaches pris à peine dix minutes. Il faut dire que ce n'est pas la première fois qu'elles grimpent dans un camion, puisque petits veaux déjà, elles sont transportées de cette manière. Le deuxième camion suivait à quelques minutes et le chargement ne pris guère plus de temps. Seule ombre au tableau: la chèvre. Impossible de l'attraper! Depuis plusieurs jours, je l'espionne, la surveille en essayant de ne pas me faire remarquer. Sans en avoir l'air, j'essaie de m'en approcher, étudie ses réflexes, échafaude moult plans d'action et stratégies, tente d'estimer le temps dont je disposerai avant une éventuelle réaction de sa part à une de mes tentatives de capture. Mais la bête n'est pas folle, elle n'est pas tombée de la dernière pluie et j'ai surtout remarqué dans les regards que l'on s'est échangés, toute la méfiance qu'elle éprouve à mon égard. Alors j'ai beau faire semblant de balayer et de m'en approcher petit à petit, sans autre signe visible d'agression, rien n'y fait, la ruse ne prend pas, l'animal ne me quittant pas des yeux, ne laisse jamais moins de cinq mètres entre elle et moi. C'est donc avec un immense sentiment d'échec que je me suis résigné à prendre le chemin de la montagne sans la chèvre. Mais attention, j'ai laissé des ordres précis à Antoine: je le chargeais de recruter une équipe parmi ses copains d'école afin d'effectuer la capture de l'animal réfractaire. Désormais, mes espoirs reposaient sur ce commando...

Quand nous sommes arrivés à la montagne, les vaches étaient déjà déchargées et pâturaient sagement. Le ciel hésitait entre soleil et nuages, mais la température était somme toute très agréable. Un vent soutenu, peut-être porteur de perturbations, soufflait de l'ouest et faisaient parfois se courber les sapins qui entourent la stabulation. Denise, Louis et Georges nous attendaient et s'étonnèrent rapidement de l'absence de ... la chèvre. Il a donc fallu que je m'explique sur mes multiples tentatives de captures et surtout sur le piètre résultat obtenu. Je promettais cependant de remédier dès dimanche à ce grave manquement.

J'expliquais mercredi, qu'il était rare de ne rien oublier des mille et une petites choses qu'il fallait préparer pour cette journée. Cette année a cependant dépassé toutes mes prédictions, puisque outre la chèvre que j'ai été incapable d'attraper, je me suis rendu compte à Oulens que je partais sans mes bottes! Nous étions toutefois encore assez près pour que cela vaille la peine de faire demi-tour, chose qu'il n'a pas été possible de faire pour le classeur contenant les feuilles d'inséminations, le calendrier des chaleurs et la vêleuse, étant donné que je me suis rendu compte de l'oubli de ces différentes choses une fois arrivé!

Le reste de la journée se déroulait sans autre incident, bien au contraire! Après le dîner préparé par Denise, la traite effectuée et le lait livré à la laiterie, elle se terminait par une soirée passée dans la bonne humeur. Il fallait cependant compter avec quelques paupières qui avaient tendances à tomber, trop peu toutefois pour empêcher une dernière et tardive visite à la buvette d'alpage « Chez la Jo »

Et pendant que nous nous divertissions à la montagne, Philippe s'employait en plaine à une tâche plutôt ingrate, que le vent qui souffle relativement fort aujourd'hui n'allait certainement pas faciliter. Il s'agit de couvrir la parcelle d'endives fraîchement semée, avec de grandes bâches en acryl. Ce procédé a pour but de favoriser une levée rapide et plus propre de la culture. Mais avant de se faire une idée sur les résultats, on peut déjà avoir un aperçu de l'aspect « esthétique » de la technique sur la photo ci-dessous. Espérons que les efforts déployés à cet effet soient récompensés...

Samedi 12 mai: Après une courte nuit de sommeil de quelques heures, une traite qui s'est déroulée sans problème particulier et un bon petit déjeuner, il était temps de redescendre en plaine. Je me demandais durant toute la descente, si la mission confiée à mon équipe de « chasseurs de chèvre » avait été couronnée de succès. En arrivant à la maison, j'ai rapidement compris que ce n'étais pas le cas! Elle se promenait toujours fièrement parmi les veaux et les quelques vaches qui demeuraient encore ici. Je savais donc ce à quoi mon après-midi serait occupé!

Il nous aura fallu une bonne heure et demi de planque, de ruse et de persévérance pour finalement arriver à la coincer dans la salle de traite où nous avions réussit à la faire s'engager. Jusqu'au bout, elle nous aura fait suer et avouons-le maintenant, quelques jurons ont été proférés. Mais l'essentiel était acquis: elle était capturée et une certaine fierté pouvait se lire sur les quelques visages qui m'entouraient! Il ne me restait plus qu'à lui tailler les sabots qu'elle avait d'ailleurs fort longs et l'enfermer soigneusement de manière à pouvoir la conduire à la montagne demain matin.

Dimanche 13 mai: Départ à l'aube avec « Bibiche » dans le coffre en direction de la montagne afin d'y apporter les différentes affaires lamentablement oubliées vendredi. L'animal aura été très sage durant tout le voyage qui la conduite à la rencontre de ses copines les vaches. Une fois arrivée, elle les a immédiatement rejointes, reconnaissant j'imagine les lieux et sachant déjà qu'elle passerait ici un été agréable et tranquille.

Sinon, au niveau de l'équipe en place pour la traite et la tenue de la montagne, tout à l'air de bien se dérouler. La mise en route s'est effectuée comme à l'habitude et mis à part les petites adaptations nécessaires aux hommes et aux bêtes aucun incident n'est venu entaché ces deux premiers jours d'estivage.

Mardi 14 mai: Maintenant que les vaches sont à la montagne, il s'agit pour nous d'en profiter pour effectuer les grands nettoyages. Avec la complicité du nettoyeur à haute pression, nous entamons une campagne de « kärcherisation » digne d'un candidat de présidentiel français. À commencer par la salle de traite qui a vu défiler à raison de 45 vaches deux fois par jour, soit environ 22'500 vaches durant la période hivernale. Au bas mot, tout de même 90'000 pieds! Puis la fourragère qui elle aura contenu les repas de toutes ces vaches, ce qui représente quelques 240'000 kg d'ensilage de maïs, 160'000 kg d'ensilage d'herbe et 25'000 kg de regain. Sans oublier les menues quantités de granulé, sels minéraux et autres moruline. Le nettoyage continuera ensuite avec la « chambre à coucher », la stabulation proprement dite qu'il s'agira au préalable de vider de la couche de fumier faisant office de litière. N'étant pas soumis à un calendrier très restrictif pour effectuer ces divers travaux, la descente des vaches étant le dernier délai, nous pouvons les envisager de les exécuter à temps perdu.

Toutefois, il reste encore quelques animaux ici, qui eux aussi attendent le départ à la montagne. Il s'agit des veaux, il y en a 17 dont une dizaine d'entre eux qui feront le voyage jusqu'à la montagne de « la Lande », et les modzons dont le nombre s'élève à 20. Sans oublier Lisette qui se remet très lentement de sa chute et dont l'avenir reste pour l'instant incertain. Les préparations de cette deuxième montée vont bon train. La date est d'ailleurs déjà arrêtée au lundi 28 mai. Rare ont été les années qui auront permis un estivage si précoce!

Et puis ici à gauche, je vous laisse admirer le magnifique petit veau que Quentin a absolument voulu me présenter. Il avait raison d'insister pour me la montrer, puisqu'il s'agit d'une petite génisse vraiment très jolie. Bravo Quentin pour ce bel élevage...

Jeudi 17 mai: Pluie, pluie et re-pluie! C'est la journée idéale pour en mettre un bon petit coup à « la pile ». N'oublions pas toutefois d'avoir une petite pensée aux hommes et aux bêtes qui sont maintenant sur l'alpage; les journées pluvieuses de la montagne ne sont pas forcément les plus passionnantes...

Vendredi 18 mai: Levé à l'aube aujourd'hui! C'est jour de contrôle à la montagne et pour le premier de la saison, je me fais un point d'honneur d'être présent pour le début de la traite. Je suis accompagné par une assistante en la personne de Mathilde qui souhaite découvrir une partie des secrets de la traite sur une exploitation de montagne. Des nappes de brouillard s'étalent ici ou là dans la plaine et depuis la route menant à Sainte-Croix, nous découvrons Yverdon fidèle à lui-même: sous le brouillard! On distingue très bien les lueurs de la ville filtrant à travers la brume.
Nous arrivons au même moment que les vaches à la stabulation. Georges arrive avec les dernières et même la chèvre est présente pour nous accueillir. Il a beaucoup plu ces derniers jours, entre 70 et 80 mm selon le berger. C'est tant mieux, car il fallait rattraper les carences en eau du mois d'avril. Je crois qu'on peut dire sans se tromper que c'est désormais chose faite, en une vingtaine de jours la situation s'est complètement retournée!

Après avoir ramené mon aide, j'ai changé de parc les modzons. Ils n'étaient pas depuis longtemps à « la côte à Guillet », mais les précipitations ont quelque peu raccourci leur villégiature à cet endroit. Ils n'ont d'ailleurs pas demandé leurs restes et se sont empressés de traverser le chemin qui les séparaient de la « côte à Magnin ».

Samedi 18 mai: Profitant de l'absence des vaches, je suis monté aux Diablerets rejoindre Anne-France et Lisa pour le week-end et organiser une petite randonnée en montagne. Je n'ai pas d'objectif précis en me lançant de bonne heure le matin le long de la cascade du Dard, seulement une direction générale: le lac d'Arnon. La montée tout au bord du torrent du Dard est vraiment magnifique et agréable. Le paysage y a été fortement modifié depuis les inondations et éboulements de ces dernières années et le site se donne parfois des apparences lunaires. Sauvage, c'est le terme qui convient le mieux à ce fond de vallée.

Et puis, tout de suite après le lac Retaud, une heureuse surprise! De celles qui font la réussite d'une course, la cerise sur le gâteau! Au sortir d'une limbe de forêt, dans une sorte de petite clairière, je me trouve nez à nez avec trois magnifiques bouquetins qui avaient choisi cet endroit pour leur déjeuner. Guère affolés par ma présence, ils s'en allèrent doucement en direction de l'ombre de la falaise, en me laissant néanmoins tout le loisir de prendre quelques photos.

Une centaine de mètres plus haut, je passais dessus une coulée d'avalanche toute fraîche. Jeudi il a neigé jusque vers 1600 mètres et tout n'a pas encore fondu. Plus haut, autour du Chalet Vieux, c'est tout le pâturage qui est encore recouvert d'une importante couche de neige. Ici, je décide de changer mon programme et de me lancer à l'assaut de la Palette d'Isenau dont j'aperçois le sommet blanchit depuis l'endroit où je me trouve. En brassant la neige fraîche, mais qui à cette heure de la matinée est encore juste gelée, je me dirige vers le col des Anderets, pour prendre ensuite la direction de la Palette. Toute la face exposée au nord est encore recouverte d'une importante couche de neige qui facilite une montée directe pas forcément reposante! J'arrive en haut un peu essoufflé, mais je suis récompensé par le panorama. Et puis alors, je me suis éclaté pour la descente...



Lundi 20 mai: La batteuse est de retour dans la cour de la ferme, signe avant coureur le l'arrivée prochaine des moissons. Au programme, lavage, graissage, réglage, etc...
Et puis nous avons eu l'heureuse surprise d'accueillir une cigogne dans le pré derrière chez nous (le petit point blanc et noir à côté du bouleau). Cette dernière, livraison effectuée, s'octroyait un petit moment de repos avant de repartir vers d'autres mamans. Nous souhaitons une vie pleine de bonheur au bébé arrivé dans la région grâce à cet élégant volatile.

Jeudi 24 mai: La saison avance! Et elle avance rapidement. Les cultures profitent pleinement du temps chaud et humide qui prédomine depuis quelques temps. Le maïs qui adore la chaleur et l'eau, on dit qu'il a besoin d'être la tête au soleil et les pieds dans l'eau, a évidemment pleinement profité de cette météo favorable et les petites pousses qui sortent du sol, dessinent aujourd'hui de belles lignes droites sur la parcelle. Seules les « mauvaises » herbes viennent troubler cette rectitude. Il faut dire qu'à l'instar des cultures, elles apprécient beaucoup cette météo idéale. Et dire qu'il y a à peine trois semaines, nous n'étions même pas sûr d'arriver à labourer tellement le sol était sec! Les blés eux, sont en fleurs. Depuis ce stade, il faut compter environ une cinquantaine de jours avant les moissons qu'un optimisme raisonnable, nous permet d'envisager entre le 15 et 20 juillet. Les pois sont également en fleurs. De jolies petites fleurs blanches qui égayent cette culture aux feuilles et aux tiges vert pâle. Et puis les endives pointent également le bout de leur nez sous le plastique. Le colza a définitivement perdu tous ses pétales et a pris une couleur verte des plus ternes qui se transformera petit à petit en beige, signe qu'il sera alors à maturité, et l'orge a laissé de côté le vert et commencer à se tourner vers le jaune. La saison avance...!

Quant aux quelques modzons et veaux encore présents ici, ils attendent j'en suis sûr, la montée à l'alpage avec impatience. Elle est d'ailleurs prévue lundi. Ce jour là, 20 génisses et une dizaine de veaux prendront place dans le camion qui les amènera à la Lande-Dessus. Entre temps, une autre montée est au programme vendredi, celle de la famille Demont. Mais là point de camions, le troupeau se déplace à pieds de Vuillerens jusqu'au pâturage de la Meylande soit environ 28 kilomètres. Luce et Manon III font partie des participantes à cette petite marche.

Vendredi 25 mai: C'est aux environs de 17h15 et sous un soleil de plomb que le troupeau s'est ébranlé et mis en route en direction de la Meylande. Une montée de cette sorte ne s'improvise pas et ne se résume pas au déplacement du troupeau d'un endroit à un autre. Il y a tout un travail de préparation qui doit s'effectuer si l'on veut que cette fête soit une réussite. Une équipe s'était donc activée à la décoration du troupeau en accrochant au cou de chacune des vaches et génisses, une magnifique clochette pour certaines ou un beau « toupin » pour d'autres. Sans oublier les sapins décorés de fleurs en papier multicolores, qui ornent la tête des plus méritantes. Les accompagnants aussi se préparent pour la circonstance: c'est en effet l'occasion de revêtir le « bredzon », cet incontournable accessoire, sorte de gilet généralement orné d'edelweiss et se portant par dessus une chemise blanche. Certains prennent avec eux le « loyi », une petite besace finement décorée et utilisée par l'armailli pour transporter la graisse à traire et le sel mais que certaines mauvaises langues prétendaient être plutôt utilisée pour y réduire une bouteille de gnôle.

Le départ est donc donné et les vaches sont rassemblées devant l'entrée du parc. Les premières s'élancent sur la route suivies bientôt par toutes les autres. Le démarrage se fait généralement sur les chapeaux de roues et les premières centaines de mètres sont effectuées au pas de course. Mais dès la sortie du village, une petite montée réfrène les ardeurs des plus courageuses et un rythme plus régulier se met en place.

Une dizaine de joueurs de cors des Alpes sont là pour saluer le passage dans les villages que nous traversons. La chaleur est bien présente et la soif se fait sentir autant parmi le bétail que chez les participant(e)s humains. Il souffle un vent chaud qui peine à nous rafraîchir, mais au fur et à mesure que nous nous rapprochons des pentes boisées du jura et que le soleil descend, la situation tend à s'améliorer. Celle-ci devient quasiment agréable en dessous de Mollens, là où une source alimentant un grand bassin donne la possibilité au bétail de s'abreuver et aux hommes et femmes de se désaltérer.

Le troupeau reprend sa route jusqu'à Berolle et entame à partir de ce petit village, la montée qui va le conduire jusqu'au col du Marchairuz. La nuit commence à tomber et les lampes de poches sont distribuées. Par moment, de fortes rafales de vent se glissent le long de la route à notre rencontre. A notre gauche, le lac s'éclaire au rythme d'un orage se donnant sur la Savoie. Plus près de nous, des lueurs illuminent le ciel du côté du col. Aurons-nous droit à une averse? On espère que non, d'autant plus que les habits de pluie sont dans la voiture balais, et que tout le monde sait que lorsqu'il se met à pleuvoir, celle-ci et généralement encore parquée devant le dernier bistrot croisé. Nos espoirs sont rapidement balayés!

Les premières gouttes se mettent à tomber d'abord petites, elles se font de plus en plus grosses, formant de grosses tâches humides sur la route. J'essaie en m'amusant de les éviter, mais très vite, le jeu devient difficile car elles deviennent plus nombreuses. Et finalement, nous sommes trempes de la tête aux pieds, la petite averse s'étant transformée en grosse pluie puis en un petit déluge. Les vaches font le gros dos et essaient de s'abriter sous les arbres bordant la route. Il s'agit d'être attentif, car il serait facile d'en perdre une dans cette obscurité. Mais nous sommes aidés par les éclairs qui l'espace d'un instant illuminent la route et le troupeau. L'averse se calme et finit même par stopper. Ouf!

Nous passons le col vers minuit et sommes accueillis par les clients et par le patron de l'hôtel restaurant. Il ne nous reste plus qu'à entamer la descente jusqu'au pâturage de la Meylande, soit environ une demi-heure de marche. C'est donc vers minuit trente que nous arrivons au chalet. Un feu nous y attend et permet de sécher l'extérieur tandis qu'un verre de blanc humidifiera l'intérieur.

Lundi 28 mai: Changement radical de décor ce matin. Outre la pluie qui s'est mise à tomber durant la nuit, c'est surtout le froid qu'elle a apporté avec elle, qui contraste le plus avec les chaudes journées caniculaires que nous avons connu ces temps passés. Pluie et froid donc, pour nous accompagner tout au long de cette importante journée que constitue la 67e montée de la société d'Alpage de Bettens au pâturage de la Lande-Dessus. Pour cette montée, point de longue marche, de gros toupins et de sapins fleuris. Uniquement trois camions qui viennent charger les quelques huitante génisses qui vont passer l'été à la montagne. Une trentaine de veaux y seront également estivés, mais leur montée est prévue la semaine prochaine. Alors bien sûr, avouons que l'attrait « touristique » est nettement atténué par le manque des quelques éléments cités plus haut. Mais la journée n'en demeure pas moins un événement sympathique et convivial attendu par beaucoup. La preuve en est, la présence de personnes extérieures au monde agricole qui n'hésite pas à se porter acquéreur d'un veau ou d'une génisse de manière à pouvoir y participer.

Le camion est arrivé à la ferme à 12h.30 et les génisses ont escaladé la rampe sans problème. L'après-midi était donc bien entamé quand elles ont été déchargées au pâturage dans une herbe que de mémoire de berger, on avait jamais vu en si grande quantité. Le froid n'a eu aucune prise sur elles et très rapidement, elles se sont mises à pâturer. Quant aux hommes, plus sensible au petit crachin régnant, ils se sont tout aussi vivement installés dans la cuisine du chalet, dans laquelle dominait une douce chaleur occasionnée par un feu digne du premier août. Autre particularité qui pourra s'inscrire dans la mémoire du berger:trente-deux personnes étaient présentes pour cette montée! Du jamais vu, que le temps pour le moins maussade peut expliquer en partie.

Mercredi 30 mai: La fraîcheur ne nous a pas quitté, et ce matin me fait penser à un matin d'hiver. J'ai d'ailleurs ressorti mes gants! Il faudra attendre midi pour que le soleil, qui est par ailleurs le maître du ciel aujourd'hui, réchauffe l'atmosphère de ses rayons. Et de sa chaleur, on en a besoin pour sécher l'acryl qui recouvre les endives. En effet, celles-ci ont atteint un stade suffisamment avancé pour leurs permettre d'affronter les rigueurs de l'atmosphère. Alors étant donné que cette couverture est sensée être réutilisée, il s'agit de la stocker la plus sèche possible.

Jeudi 31 mai: La météo annonce d'importantes précipitations pour cette nuit et demain. Il ne faut donc pas attendre et Philippe aidé pour l'occasion de Denis et Charles-Edouard s'attaquent à la tâche. Celle-ci consiste dans un premier temps à enlever la terre qui maintient la couverture longue de 250 mètres et large de 15 au sol, puis dans un deuxième de l'enrouler autour d'un grand dévidoir. Au final, l'opération que certains appréhendaient (moi!!!) puisque nouvelle chez nous, s'est déroulée sans problème et étonnamment rapidement. Et lorsque les premières gouttes de pluie se sont mises à tomber, matériel et hommes étaient à la chotte!

Retour sur la page « Année agricole »

Haut de la page

Vers le mois de juin