Juin 2007



Vendredi 1er juin: Nuages bas, pluie fine et température quasi sibérienne! (j'exagère à peine!). Les météorologues qui nous avaient promis cette perturbation ne s'étaient pas trompés. Un temps idéal pour une petite visite aux vaches qui sont maintenant depuis 20 jours à la montagne. Là-haut non plus, le temps n'est pas au beau fixe. A mon arrivée, Georges venait de sortir les vaches et je peux les admirer depuis le chemin en restant au chaud dans l'auto. En quelques minutes, grâce à la volubilité naturelle du berger, j'apprends à peu près tout ce qui s'est passé sur l'alpage ces trois semaines passées. Au chapitre du morbide, la mort d'une dizaine de génisses, qui prisent de panique se sont jetées dans un précipice. Ce drame s'est déroulé sur un montagne voisine et toute la région s'interroge sur son origine. Toujours au chapitre des « mauvaises » nouvelles, la chèvre est toujours vivante...

Et puis, un nouvelle importante est tombée aujourd'hui. Les autorités cantonales de Suisse romande se sont entendues pour avancer la date de fauche des foins fédéraux. Surnommés également dans notre région « foins du 15 juin », ces parcelles ne doivent pas être fauchées avant cette date. Elles font partie du contrat de prestations que l'agriculture s'engage à fournir envers la nature afin de préserver une flore et une faune toujours plus soumises à la pression de l'homme. Mais cette année faisant exception en matière de maturité des fourrages, la nature est en avance comme jamais. Nous sommes exceptionnellement autorisés à exploiter ces surfaces dès le 1er juin. Malheureusement, une décision administrative ne fait pas le printemps et il faudra attendre des conditions météorologiques favorables pour se lancer dans ce qu'il nous faut appeler dès aujourd'hui, les « foins du 1er juin ».

Dimanche 3 juin: Un petit air de bise s'est levé hier soir et des nuages gris se sont installés au-dessus de nos têtes, contribuant ainsi au maintien d'une température plutôt frisquette! Celle-ci ne convient guère au maïs et ce dernier le fait savoir en prenant une couleur jaunâtre. Au contraire, les mauvaises herbes, ou plutôt faut-il les appeler les plantes indésirables, que l'on rencontre en quantité dans cette culture, n'ont pas l'air d'être gênées et prospèrent sans vergogne. Dans la partie de la parcelle constituée de terre noire, c'est un véritable tapis de renouées qui recouvre le sol. Il est temps de les stopper avec un herbicide.

Lundi 4 juin: Dernière montée du printemps. Toutes les bonnes choses ont une fin! C'était donc aujourd'hui le tour des veaux de prendre le chemin de la montagne et de découvrir ce qui va être leur environnement durant tout un été. C'est Alexandre qui est venu les charger avec sa camionnette. Quelques récalcitrants nous ont donné un peu de difficultés à les persuader de grimper dans le véhicule. Il a fallu quelques mots « doux » et beaucoup de persuasion avant d'avoir pu fermer la porte derrière le dernier veau. Ainsi donc, Pompagnôle, Pepita, Papeete et bien d'autres sont arrivées sur l'alpage de la Lande et ont fait la connaissance d'Anne-Marie qui va s'occuper d'eux durant l'été. Il reste donc en plaine pour l'été: Lisette, la vache qui n'est pas fichue de se tenir sur ses pattes et qui a déjà chuté plusieurs fois. Sept petits veaux et Tina la jument de Tiffany.


Pompagôle prête pour l'alpage

Mardi 5 juin: Faut-il faucher les « foins fédéraux »? Dilemme! La météo nous annonce il est vrai, un temps chaud mais avec des risques d'orages assez élevés et ce, durant toute cette semaine. Alors si on décide de faucher, il faudra se résigner à subir tous les soirs le vilain gros nuage noir qui va immanquablement venir couvrir le Jura et nous menacer de déverser sa cargaison sur nos têtes. Et si nous adoptons une position plus attentiste, on regrettera tous les matins de ne pas avoir fauché, parce que finalement le vilain gros nuage n'aura déclenché aucune précipitation. L'inaction étant comme tout le monde le sait, beaucoup plus pesante que l'action, il ne faudra guère de temps à Philippe et à moi pour décider de faucher. Alors au programme, les fameux « foins fédéraux », qui pour mémoire constitue les 7 % de la surface du domaine devant impérativement être cultivé d'une manière écologique. Soit: fauche interdite avant une certaine date fixée par les autorités, fumure minérale interdite, fumure organique interdite, traitements interdits et une seule pâture autorisée à l'automne. Nous décidons de faucher également en deuxième coupe, la prairie ensilée fin mai. De ce que j'ai pu jugé en descendant de la montagne hier, beaucoup de collègues ont résonné de la même manière, car d'immenses surfaces de foin sont fauchées un peu partout.

Mercredi 6 juin: Le vilain nuage noir n'est pas arrivé par-dessus le Jura aujourd'hui, mais par-dessus les Alpes. Il s'est avancé, énorme et menaçant jusqu'en dessus du Jorat, mettant nos nerfs à rude épreuve. Il a fallu la complicité de la bise pour le stopper. Seules trois gouttes sont venues s'échouer sans conséquence sur le sol en fin de journée. Mis à part ça, le foin a bien séché et reconnaissons qu'à ce stade, il serait dommage qu'il prenne la pluie. Mais en la matière, il faut se résigner à ce que la météo commande, l'homme n'ayant d'autres choix que de disposer!

La fauche des prairies fait également pas mal d'heureux parmi la faune. Des heureux et ma foi aussi des malheureux! J'ai en effet eu l'occasion d'observer à l'occasion des passages de mon immense pirouette, le manège de maître Renard, qui le regard alléché s'en est venu patrouillé derrière mon tracteur en quête non pas d'un fromage, mais bel et bien de son dîner. Un faucon pèlerin est également venu me divertir avec les formidables piqués qu'il effectue sur ses proies. Et puis les buses qui jouent avec la bise et font du soaring, surveillant mulots et souris du haut des airs. Parfois, elles viennent faire un passage tout près du tracteur me permettant ainsi d'admirer leur aisance en vol. Elles tournent et guettent sans relâche se laissant porter par la bise ou l'utilisant pour se faire emporter à l'autre bout de la parcelle. Puis subitement, elles se laissent tomber au sol sur une proie invisible pour nous et se relancent presque aussitôt dans les airs, tenant fermement dans leur serres une imprudente souris ou une taupe. Au même titre que tous ces rongeurs ont profité de l'abri du foin pour y trouver nourriture ainsi que faire leurs petits et les élever, c'est au tour aujourd'hui des prédateurs de bénéficier de ma présence pour remplir leur garde-manger.

Jeudi 7 juin: Point de gros nuage ce matin. Mais il est remplacé par une couverture grise et tenace qui voile le ciel et empêche les rayons du soleil d'accéder jusqu'à notre foin. Dommage, parce qu'il n'aurait guère besoin de longues heures d'ensoleillement pour être prêt. Finalement, le ciel ne se dégagera que vers onze heures, nous permettant ainsi d'espérer un bottelage. Mais espérer est tout ce que nous oserons faire, car l'atmosphère reste lourde et pesante. On sent bien que l'air est chargé d'humidité et que l'averse peut nous tomber dessus à l'improviste. D'ailleurs, le Jura est déjà couvert par de magnifiques cumulus qui jaillissent par dessus ses crêtes. Malgré tout, je mets au programme un rapide coup de pirouette et la mise en andain du foin et du regain. Quant à Philippe, il a sa liste de clients et débute sa tournée avec la botteleuse vers 14 heures. Seulement voilà, c'est à peu près vers cette heure là, qu'un gros nuage étonnamment gris, s'est mis dans la tête de se développer depuis le Jorat et de gagner notre région. Les premières gouttes se sont mises à tomber à peu près au moment où je terminais mon petit programme. Au début, rien de bien dramatique. Toutefois, le nuage semblait se plaire au dessus de nos têtes et rien n'indiquait qu'il avait l'intention de s'en aller. Il poussa le culot jusqu'à nous déverser une partie de son chargement, mettant définitivement un terme à nos velléités de bottelage. Au final un bilan un tantinet mitigé, puisque tout de même une centaine de rouleaux effectués à droite à gauche chez des voisins, et pour le reste, tout à recommencer demain.

Vendredi 8 juin: L'orage de hier soir a laissé des traces dans l'atmosphère. Une brume tenace recouvre la région ce matin et l'air est toujours chaud et humide. Nous avons tous les yeux tournés vers le ciel et la même question tourne dans la tête de chacun: le soleil va-t-il venir nous trouver. Seule certitude: personne n'a la réponse. Il faudra attendre 16 heures pour que la nature entérine définitivement ce que nous avions subodoré: ce ne sera pas aujourd'hui que nous finirons les foins! Alors que j'avais pris la peine d'aller étendre les andains de foin, une petite averse est venue nous surprendre et contrarier nos projets. Demain sera peut-être le bon jour...

Samedi 9 juin: Aujourd'hui fut effectivement le bon jour. Malgré un ciel chargé et menaçant, le soleil est parvenu à sécher suffisamment le fourrage encore au sol. Au final, une trentaine de rouleaux de foin et une vingtaine de regain. Mais que ce fût difficile et frustrant...!

Dimanche 10 juin: Il a fait quelques gouttes cette nuit et ce matin. Une odeur de terre et de végétation mouillée flotte dans l'air. Partout dans la campagne, des bancs de brume sont suspendus au-dessus des forêts et des cultures. Toute cette humidité ne fait pas le bonheur des collègues qui ont du foin parterre et pour d'autres qui en ont encore à faire...

Lundi 11 juin: ... et du foin à faire, il en reste encore pas mal dans les campagnes. Ils commencent d'ailleurs à faire mauvaise figure avec la couleur jaunâtre dont ils se sont parés. Certaines graminées qui les composent sont mûres et complètement sèches. Pour beaucoup, ils se sont couchés et des repousses s'enhardissent à recouvrir leurs aînées arrivées à maturité. Beaucoup de collègues attendent avec impatience quelques jours ensoleillés ... consécutifs.

Du mercredi 13 au dimanche 17 juin: Voyage de 5 jours dans le centre de la Suède, plus précisément dans la province de la Dalécarlie et à Stockholm. Un petit compte rendu est disponible et un clic sur la photo permet d'accéder à la galerie photos.

Lundi 18 juin: Pour notre retour de Suède hier soir, nous avons été accueilli par d'importantes précipitations. Elles n'ont pas forcément duré longtemps, mais se sont singularisées par leur intensité: plus de 25 litres d'eau en moins d'une heure! La météo est toujours autant orageuse et visiblement les foins qu'il reste encore à faire n'ont pas été fauchés. Mon absence n'a donc pas trop pesé...!! Ouf!

Mardi 19 juin: J'ai oublié de mentionner le fait que Philippe a effectué durant mon absence sa première sortie de l'année avec la moissonneuse-batteuse et est allé battre le brome de Cloclo. Le brome est une graminée utilisée dans les mélanges fourragés de longue durée. Les graines une fois récoltées sont étendues à l'abri pour le séchage et sont envoyées ensuite dans les firmes s'occupant de la commercialisation des semences. Nous récupérons le reste de la plante comme fourrage que nous séchons généralement. Cette année, vu les conditions météorologiques plutôt incertaines et ma petite absence, Philippe a préféré la méthode de l'ensilage qui a le mérite de raccourcir singulièrement le temps de récolte. Le bottelage et l'enrubannage ont donc suivi assez rapidement le battage et je suis allé récupérer les 25 rouleaux ce matin.

C'est parti! Le signal des moissons a été donné par Jean-Marc et Philippe est parti faucher son orge. Les météorologues avaient prévu l'arrivée des nuages pour l'après-midi et les pluies pour le début de la soirée déjà. On ne leurs en voudra pas de s'être trompés de quelques heures et le soleil qui a distribué généreusement ses rayons jusqu'en soirée, va nous permettre d'entamer les moissons. Plutôt imprévu, car jusqu'à maintenant, à l'écoute de la météo, nous nous étions résignés à ne rien commencer. Plusieurs parcelles ont donc été battues dans la région, et après celle de Bournens, Philippe s'en est venu faire celle de notre voisin Olivier. Un aéropage de curieux était présent pour observer le manège de la batteuse sur le champ et d'effectuer moult commentaires sur la machine, la culture, la météo, etc...

De ce grand déballage de considérations, est ressorti qu'il serait judicieux de botteler immédiatement la paille rejetée par la batteuse, de manière à éviter qu'elle ne se fasse détremper par les violentes précipitations annoncées pour cette nuit. Il est toujours délicat de presser la paille fraîchement moissonnée. Mais après en avoir apprécié manuellement son humidité, constaté la grande quantité de poussière qu'elle dégageait et entendu la météo annoncée, nous prenons la décision de la botteler.

Jeudi 21 juin: Les événements de la nuit ont donné raison à l'illustre assemblée qui a tranché hier soir la question du bottelage. Grêle et pluies torrentielles sont venues émailler une nuit plutôt agitée. Partout dans la région, des inondations sont apparues et les conséquences sur les cultures sont inégalement visibles ici ou là: cultures de blé versées, foins du « 15 juin » aplatis, parcelles de colza grêlées. C'est d'ailleurs chez nous le dégât le plus ennuyeux. Au stade de végétation qu'elle atteint aujourd'hui, la culture de colza est particulièrement sensible aux attaques de la grêle et pas mal de gousses se sont ouvertes. Nous décidons de l'annoncer à l'assurance.

Vendredi 22 juin: Le soleil s'est levé ce matin sur un ciel magnifiquement dégagé à l'est, mais déjà couvert de nuages sombres et menaçants à l'ouest sur le Jura. Que va-t-il nous tomber dessus? Finalement nous aurons droit à un magnifique arc-en-ciel que les rayons du soleil conjugués aux premières averses qui arrivaient depuis Cossonay, ont fait apparaître. Le village se trouvait ainsi couronné durant un court instant, par une magnifique arche multicolore. Mon natel, de loin pas suffisant pour capter la beauté du moment, permet tout de même de vous en donner un petit aperçu.

Samedi 23 juin: Départ à la Lande pour la livraison de 25 petits rouleaux de foin. Chaque année, nous transportons là-haut un peu de fourrage sec de manière à compléter l'alimentation des veaux.

Il fut un temps d'ailleurs pas si éloigné que ça, où nous montions le foin en petites bottes, qu'il s'agissait ensuite de hisser une à une au 2e niveau du chalet. Ce n'était pas un travail de tout repos et il exigeait pas mal de bras. Aujourd'hui, nous utilisons un treuil électrique pour soulever une partie des rouleaux et reconnaissons que ce travail s'en est trouvé singulièrement simplifié. J'ai effectué le trajet en compagnie de Cali qui pour l'occasion s'était occupé de la partie « ravitaillement » de la journée. De retour en plaine en fin d'après-midi, nous avons pu constater que la batteuse était en route et que Philippe fauchait notre orge. Son programme est d'ailleurs assez chargé au vu des conditions climatiques annoncées pour ces prochains jours. En effet, la météo n'est pas très optimiste quand au maintien du beau temps et tout le monde souhaite pouvoir mettre à l'abri avant le retour de la pluie, une culture d'orge arrivée aujourd'hui à maturité. Souhaitons que l'on puisse accéder à la demande de chacun.

Et puis au coeur de la nuit, je me suis fais réveiller par deux gendarmes qui étaient à la recherche du propriétaire de trois petits veaux qui se promenaient insolemment sur la route. Ils avaient été prévenus de la présence inopinée de ces animaux sur la voie publique par deux jeunes filles rentrant d'une soirée. A mon arrivée, j'ai pu constater qu'elles avaient réussi telles deux bergères émérites, à les contenir tout près du cimetière et leurs tenaient maintenant compagnie. Au milieu de cette nuit sans lune et sous un ciel magnifiquement étoilé, avec l'aide précieuse de Laélia et Liliane, je me lançais donc dans une opération « récupération de petits veaux ». Muni de l'indispensable bidon jaune remplit de granulés, nous avons réussi à mon grand étonnement relativement facilement, à faire réintégrer leur parc aux petits aventuriers qui s'en étaient imprudemment échappés. Merci donc aux deux bergères d'un soir qui m'ont aidé dans cette opération.

Lundi 25 juin: Il m'a fallu hier matin, retourner les andains de paille d'orge pour arriver à les botteler secs dans l'après-midi. Il est des années où il est nécessaire de brusquer un peu les choses pour pouvoir avancer dans les travaux. Car il fallait que cette paille soit bottelée hier car la pluie était annoncée pour aujourd'hui et effectivement ce matin elle est bien au rendez-vous, il pleut. D'abord un peu timides, les précipitations se sont faites plus généreuses dans l'après-midi pour finir en début de soirée carrément abondantes. L'ambiance dans les fermes devient quelque peu morose et les attentions sont toutes suspendues aux bulletins météorologiques. Certains foins font maintenant piètres figures: versés, pourris et complètement jaunis, ils ont définitivement perdu leur qualité fourragère.

Mercredi 27 juin: Voilà quelques temps que je n'étais pas retourné à la montagne trouver les vaches et voir comment se déroulait la vie là-haut. Vous me direz qu'avec le temps maussade qui règne ces jours ce serait le bon moment pour y aller. J'ai donc corrigé le tir et suis monté ce matin effectuer une petite visite à Georges, Nadine, Janine, Katia et les autres. Sans oublier évidemment Bibiche. Là-haut aussi, la pluie s'est confortablement installée et empêche mes collègues montagnards d'avancer dans les travaux de la saison. Du côté des vaches, deux vêlages se sont déroulés la semaine passée: Juliette et Ingrid ont mis bas deux magnifiques génisses. Voilà pour le carnet rose. Pour le bulletin de santé, c'est un peu moins rose! Ingrid a fait une fièvre du lait doublée d'une carence en magnésium. Dans l'impossibilité de se relever, il a fallu la soigner au parc. Ce matin lors de ma visite, elle était avec les autres dans la stabulation, debout et visiblement sur la voie de la guérison, et je peux compter sur Georges pour l'accompagner sur cette voie en lui prodiguant les soins dont elle a encore besoin.

Mis à part ce souci, c'est essentiellement la météo qui a occupé notre discussion (ou plutôt devrais-je dire: monologue...) avec Georges. Tout le monde est las de ces pluies à répétition qui nous empêchent de continuer les foins, voir pour certains de les entamer.
Et puis, vacances scolaires obligent, j'ai engagé deux peintres amateurs pour donner le coup de pinceau annuel aux murs de l'écurie. Antoine et Clara se sont donc déguisés en barbouillons de service et armés de leur rouleau, ont blanchi les parois.

Jeudi 28 juin: Difficile question à laquelle il faut répondre ce matin: faut-il faucher du regain? J'imagine qu'elle doit trotter dans la tête de beaucoup aujourd'hui. Les conditions météorologiques sont d'un optimisme modéré: du soleil? Oui, oui, un peu. Des nuages? Il faut s'attendre à en voir passer quelques uns. De la pluie? Non, enfin normalement pas. Du moins pas avant dimanche. Sinon peut-être quelques gouttes, trois fois rien! Difficile dans ces conditions de prendre une décision pour laquelle nous ne nous mordrons pas les doigts. Enfin, comme déjà énoncé précédemment, l'inaction ne fait pas avancer les choses. Aussi, nous prenons la décision de faucher la parcelle derrière l'écurie. Il y a une magnifique coupe qu'il sera toujours possible d'enrubanner en cas de pluie.

Et puis, nous sommes en plein dans le temps des cerises. Les « petites noires » (aucune idée du nom de la variété!) sont maintenant en pleine maturité. Quant aux bigarreaux, croquantes et sucrées dans leur robe couleur bordeaux, elles sont un véritable régal. Et chaque fois que j'en ai l'occasion, je m'octroie une petite pause sous le cerisier, m'accroche à une branche et m'en goinfre souvent plus que de raison.

Vendredi 29 juin: Ce matin, l'odeur de l'herbe fraîchement coupée remonte depuis « Le Marais » jusque vers l'écurie. L'atmosphère est vraiment très chargée en humidité et une nappe de brouillard a pris possession du fond de la parcelle. Le bouleau en émerge et domine ce duvet de ouate. Pour le moment, le ciel est dégagé, mais que va nous réserver le reste de la journée?

Finalement, le soleil n'aura brillé qu'une courte période de deux heures hier matin. Pas de quoi sécher du regain. Quelque peu échaudé, nous décidons de le botteler et d'enrubanner les boules. En zone d'ensilage, cette échappatoire en cas de temps mitigé est fort appréciable. Serge est donc venu l'après-midi et a transformé nos boulettes en gros flocons de neige. Anne-France a quant à elle intitulé le tableau: « Tranches de mozzarella sur son lit de verdure ».

Samedi 30 juin: Le soleil a bien réchauffé l'atmosphère et Philippe a pu repartir avec la batteuse. Il y a des orges à battre, mais également les premiers colzas. La météo prédit le retour des pluies pour dimanche soir et aucune amélioration avant la fin de la semaine prochaine. Cette situation favorise la prise de décision: nous allons essayer notre colza. Vers 22 heures Philippe est de retour et entame la parcelle. L'échantillon affiche un taux d'humidité 8.7 %, suffisamment bas pour finir de nous convaincre qu'il est préférable de le récolter. J'abandonne le faucheur à son petit manège, sachant que je n'aurais qu'à récupérer les chars que j'espère le plus remplis possible demain matin pour la livraison au centre collecteur.

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