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Lundi 1er janvier 2007: Si la génisse Nina a marqué le dernier jour de 2006 en mettant au monde l'ultime petit veau de l'année, Janine a quant à elle marqué de son empreinte le premier de 2007, en donnant naissance à un petit taureau. Voilà donc pour commencer cette nouvelle année un nouveau petit veau à s'occuper. Grand-Papa aura également laissé une trace mémorable en ce jour de la St Sylvestre en effectuant un chute pour le moins effrayante dans la fosse de la salle de traite. Mais finalement ce matin de Nouvel-An sera fidèle à la tradition puisque malgré cet incident qui se termine avec plus de peur que de mal, je finis par déguster en compagnie de quelques personnes, pour certaines déjà debout et pour d'autres par encore couchées, l'incontournable bouteille glacée de Clairette assis sur des bottes de paille au fond de l'écurie à Yuyu.
Mardi 2 janvier: Le début de l'année, c'est la période des résolutions. Et si possible des bonnes! Aussi ce matin, lassé de soigner des veaux qui ne veulent pas guérir, j'ai décidé à l'unanimité, d'appeler au secours le vétérinaire. En effet, depuis quelques temps ils sont sujets à des diarrhées à répétition et malgré déjà des litres et litres de bouillon, ils n'arrivent pas à se remettre de cette mauvaise forme persistante.
Dans le cadre de la conduite du troupeau, le vétérinaire est une personne avec qui une relation de confiance doit pouvoir s'instaurer. Les animaux ne pouvant s'exprimer sur leur mal, les observations de l'éleveur sont primordiales pour aider le vétérinaire dans l'établissement du diagnostic. J'ai donc hérité de toute une série de sachets de poudre qu'il me faudra distribuer ces prochains jours à l'occasion des repas. De plus, pour l'un des veaux qui n'a vraiment pas la tête du vainqueur et que j'ai d'ores et déjà baptisé « le mourant », un traitement un peu plus poussé est appliqué. Il ne me reste plus qu'à attendre le rétablissement rapide et complet de toute cette jeunesse bovine.
Paradoxalement, et malgré cette relation de confiance qui existe, le vétérinaire est un personnage qu'on aime pas avoir trop souvent dans l'écurie...!! Sa venue étant quasiment systématiquement synonyme de problème dans l'écurie.
Voici les veaux en train de prendre leur repas, pour certain avec un biberon, pour d'autres avec ce que PAF appelle « la tonnelle » et pour les derniers directement dans la crèche.
Et puis ce matin, nous avons eu des invités surprise. Quelques flocons sont en effet tombés prouvant dans les faits, le rafraîchissement intervenu après cette période de douceur qui nous a accompagné pour le passage de la nouvelle année.
Mercredi 3 janvier: La neige tant attendue est enfin tombée en montagne. Une perturbation a traversé notre pays tout en déversant sa cargaison sous forme de neige jusqu'à une altitude de 900 mètres environ. Ainsi donc, même le Jorat se retrouve recouvert d'un manteau blanc. Va-t-elle tenir? C'est la grande question, mais déjà la météo prévoit du redoux pour le week-end. Alors...
En tous les cas, ce matin le ciel était dégagé. Quelques petits nuages traînaient encore sur la région mais prenaient nettement la direction de la Suisse allemande, laissant derrière eux un ciel bleu immaculé. La journée fut donc ensoleillée est s'est même terminée par un couché de soleil comme je les aime, éclairant le château de St-Barthélémy et inondant la campagne de couleur jaune orangé.
Jeudi 4 janvier: En faisant la paille ce matin, les vaches m'ont gratifié d'un petit rodéo comme elle en ont le secret. Elles ont commencé à faire les folles comme il leur arrive parfois et je dois avouer que le spectacle fut assez rigolo! Voir ces animaux d'un naturel plutôt placide et calme, courir dans toute la stabulation, ruer, faire des effets d'intimidation envers leurs congénères et parfois à mon encontre, est très divertissant. Pendant un instant, elles retrouvent leur jeunesse et à quelque part, c'est assez réjouissant de les voir ainsi. Toutefois ,il faut tout de même être prudent et prendre gare aux ruades, aux charges et autres passages à grande vitesse. Car au milieu de ce manège d'animaux vivants, il serait facile de se retrouver sur la route de l'un d'eux ou de prendre un coup de pied lors d'une ruade.
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De plus, j'ai pu constater que les médicaments prescrits pour les veaux par le vétérinaire commencent à déployer leur effet. J'ai l'impression que ce matin il y a un léger mieux, dans le troupeau des veaux. Même le mourant à l'air moins mort! Je l'ai d'ailleurs dé-baptisé et je l'appelle dorénavant « le ressuscité ». |
Samedi 6 janvier: Ceux qui était debout ce matin et qui ont pris le temps de mettre le nez dehors ont pu observer sur le coup des sept heures, un phénomène météorologique assez particulier et grandiose. Au sortir de la nuit, des nuages élevés masquait le ciel, une perturbation étant attendue pour cette nuit. Toutefois dans la direction de l'est sud-est au dessus les Alpes, le ciel était dégagé et le jour qui se levait créait une mince bande de clarté, dessinant ainsi dans l'obscurité finissant une sorte de ligne d'horizon. Avec le soleil montant, cette bande passa par une gamme de couleurs allant du bleu très pâle jusqu'au jaune rougeoyant du soleil qui apparaissait derrière les Alpes.
J'ai consacré ma matinée à exécuter différents petits travaux. Ces mille petits ouvrages qui n'ont pas de nom et qu'on a tendance a renvoyer à une date ultérieur parce qu'en soi ils ne sont pas urgents. Cela va de l'écornage des veaux, du nettoyage des abreuvoirs en passant par le coup de balai dans la cour, etc... Alors à la fin de la journée on est satisfait parce qu'on a raccourci un petit peu la liste « travaux à faire ».
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Et pour en terminer avec ce samedi et pour satisfaire la demande de son propriétaire; voici des nouvelles et une photo de « Pompagnôle ». Elle se porte à merveille, est très heureuse dans son petit box en compagnie de ses copines et comme vous pouvez le voir sur la photo, a toujours de très beaux yeux. |
Lundi 8 janvier: Journée pluvieuse et grise en perspective et malgré les averses, journée d'une douceur printanière. Je profite de la morosité météorologique pour m'attaquer à la pile de papier posée sur le bureau. Ces derniers temps, elle avait la fâcheuse tendance à s'élever toujours plus haut plutôt que de descendre. Il est toutefois vrai que ce n'est pas en passant son temps à relater les divers événements se déroulant ici qu'on fait forcément beaucoup d'avance au travail de bureau. Car il faut reconnaître que la fin de l'année est généralement riche et garnie en la matière: comptabilité, les divers comptes de fin d'année, etc.
Mercredi 10 janvier: Difficile parfois de mentionner ou de dire certaines réalités, tant la peur de porter malheur et de mettre fin à des situations existantes est grande. Quand tout va bien, il est parfois dangereux d'aller le crier sur les toits! Mais qu'importe, prenons des risques et osons dire les choses telles qu'elles sont. Ainsi donc, rendez-vous compte: il semblerait que les veaux soient sur le chemin de la guérison, que les différents problèmes de mammite rencontrés depuis l'automne se soient quelque peu attenués et qu'aucune vache ne donne des signes de maladie ou autres problèmes de santé.
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Pour faire court et résumer la situation: tout baigne, on a rien à se plaindre, la situation est totalement sous contrôle! Même Gentiane y a mis du sien, puisqu'elle nous a fait une magnifique génisse en fin d'après-midi. Il faut dire qu'il y avait de quoi se faire quelques soucis, car elle a dépassé aujourd'hui 294 jours de gestation, alors qu'une gestation moyenne en compte environ 284. Mais il faut dire, que c'est une adepte des gestations hors-normes puisque l'année passée, elle avait atteint 303 jours sans pour autant mettre un veau plus gros que la normale. La nature est ainsi faite qu'elle nous réserve régulièrement moultes surprises. |
Et bien voilà qui est dit! Il ne reste plus qu'à espérer que cela ne porte pas à conséquence. Je ne suis pas autrement superstitieux, mais j'ai le souvenir d'un même aveu effectué l'année passée qui s'était suivi une semaine plus tard, par un vêlage avec retournement de matrice! Alors, je me permets d'être un peu méfiant...!! Gare aux surprises!
Jeudi 11 janvier: Et bien non, il n'aurait pas fallu le mentionner! Je n'aurai pas dû dire que tout allait bien. Avec le recul, même le penser était de trop! Parce qu'en effet, Gentiane, cette championne de la longueur de gestation était allongée de tout son long, quasiment dans le cirage, complètement prise par une crise aiguë d'hypercalcémie. Bon, en soi ce genre de problème se soigne relativement aisément et avec une bonne dose de calcium en intraveineuse, le 90% des bêtes se relèvent facilement. Seulement voilà, Gentiane fera partie des 10% restants. Elle n'était pas décidée et le vétérinaire est revenu le soir pour lui faire une seconde injection qui cette fois sera la bonne.
Du côté de la météo, le ciel est magnifiquement dégagé, mais un vent d'ouest déjà soutenu laisse présager de conditions différentes pour les jours à venir. En tous les cas, les petits carillons pendus dehors tintent joyeusement au gré des rafales de vent nous gratifiant de mélodies claires et cristallines, matérialisant par le son les caprices d'Eole.
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Vendredi 12 janvier: « La pile » au coin du bureau! Je l'ai mentionnée rapidement il y a quelque temps. On la voit tous les jours, on y passe à côté, on la regarde. On dirait qu'elle nous parle. Non, je dirais plutôt qu'elle se moque un peu de nous. Elle ce qu'elle aime , c'est grandir, devenir de plus en plus haute. A mon grand dam, j'ai beau retirer quelques couches de temps en temps, elle n'en a cure. Elle ne pense qu'à croître, à enfler. Elle est comme le crapaud de la fable, plus elle est grosse plus elle se sent forte. Je suis certain qu'elle me nargue du haut de ces dix centimètres. Bon, ce que j'ai pu comprendre, c'est que ce n'est pas la seule pile qui existe dans ce bas monde. Je sais que beaucoup de personnes se battent tous les jours contre « leur pile ». J'en connais même qui en ont plusieurs, les pauvres! C'est la conspiration des « piles »! On y trouve de tout dans « les piles »: du questionnaire très urgent à remplir et à renvoyer au plus vite au petit dossier qui ne presse pas à la minute et de ce fait à de fortes chances de squatter la pile encore de longues semaines. Oui, oui, ce doit être ça: une conspiration mondiale de « la Pile ». Son but inavoué, nous submerger sous la paperasse! Nous étouffer de questionnaires! Nous pousser dans nos derniers retranchements. |
C'est vrai que parfois, on parvient à la rabaisser, la corbeille devenant dans ces trop rares occasions une auxiliaire très précieuse. Alors on regarde fièrement « la Pile », elle ne compte plus qu'un ou deux documents. Du coup, elle est un peu moins fière « la Pile », elle est là au coin du bureau, toute ratatinée. De notre côté, c'est la satisfaction générale, on se sent l'âme du vainqueur, tel Napoléon au lendemain d'Austerlitz. On a réussit à vaincre la pile si redoutée et envahissante. On a réussit à stopper son irrésistible ascension. Du coup fort de cette victoire, on baisse la garde. On ne prête plus attention à « la Pile » qui très discrètement, sournoisement, sans bruit, recommence très rapidement à se reconstituer, à redevenir cette pile narquoise et orgueilleuse qui vous toise tous les jours. Et très vite on se rend compte que ce n'était qu'une bataille que l'on venait de gagner. Alors à tous les terrorisés de la pile, à vous qui luttez jour après jour contre cette envahissante qui nous martyrise du seul fait de sa présence, à vous tous je vous dis courage, ne baissons pas les bras, « la Pile » ne passera pas!
Samedi 13 janvier: Ce matin, j'étais à la fourragère en train de donner le fourrage aux vaches, quand le soleil est apparu de derrière la Côte et a commencé à nous inonder de chaleur. La transition fut immédiate et radicale, la fraîcheur du matin faisant place à une tiédeur douce et printanière. Les rayons de l'astre du jour rasaient le sol, traversant quelques bancs de brume matinale et éclairaient d'une lumière blafarde la campagne environnante. Le ciel était complètement dégagé. Seules les traînées de condensations laissées par les avions, zébraient ici ou là le bleu du ciel. Au loin on entendait le LEB siffler joyeusement, annonçant ainsi son arrivée dans je ne sais quelle gare de la région. A moins que ce ne soit Cloclo qui depuis sa locomotive, saluait l'un ou l'autre de ses amis.
Je me laisse volontiers envahir par toute cette douceur distribuée si généreusement par le soleil et je constate que les vaches également l'apprécient beaucoup. Mais que nous réserve pour la suite une telle météo?
Et puis aujourd'hui, c'est un grand jour! Pas forcément pour moi, mais bel et bien pour Antoine. C'est en effet aujourd'hui que nous nous rendons à Yvonand prendre livraison du vélomoteur qu'il a acheté à Clément. Relique d'un autre temps, ces engins signifiaient à l'époque désormais lointaine de notre adolescence, liberté et autonomie. Aujourd'hui, on en croise plus guère, les parents sont mis à contribution et effectuent moult transports conduisant ici, là-bas, et encore ici tous ces jeunes en mal de déplacement. Certains ont décidé de patienter un peu – quand même deux ans - et se réservent pour le scooter. Mais Antoine à préférer investir son argent de l'été gagné comme chauffeur de tracteur, dans l'achat de ce magnifique véhicule. En fait, le véritable challenge de cette journée est de rentrer à la maison en vélomoteur. Pour celui qui vient de passer son permis et qui n'a par conséquent que très peu d'expérience pratique, c'est effectivement un petit défi.:une trentaine de kilomètres entre Yvonand et Bettens, à parcourir dans l'arrière pays vaudois, sur sa « fougueuse » machine. Et au final, on ne déplore que deux toutes petites erreurs de navigation qui n'ont finalement pas porté à conséquence sur l'enthousiasme du pilote et le plaisir d'avoir pu entamer sa carrière de cyclomotoriste d'une si belle manière.
Dimanche 14 janvier: Ce week-end environ un millier de vaches se font citadines. C'est en effet ces jours que se tient la désormais traditionnelle SwissExpo à Lausanne et que le Palais de Beaulieu se transforme en temple de la passion. Car de la passion il en faut beaucoup à ces femmes et ces hommes qui préparent, bichonnent leur animal favori afin que celui-ci se fasse remarquer par le juge. Durant quatre jours, c'est une présence quasi permanente qu'il faut assurer sur les lieux de l'exposition. Un important investissement en temps qui est l'aboutissement d'une longue et indispensable préparation. Investissement financier également, car si il est vrai qu'il est possible de décrocher la timbale en obtenant une première place, le coût de la préparation et d'une participation à un tel événement n'est pas négligeable. Mais finalement, le plus important n'est sûrement pas là car comme je le disais plus haut, c'est bel et bien l'assouvissement de cette passion qui guide la majorité des participants à cette manifestation.
Lundi 15 janvier: Tôt ce matin, j'ai reçu un appel téléphonique d'un personnage relativement bien classé sur l'échelle des agonies et qui, faisant suite à la mention que j'ai fait concernant le retournement de matrice de l'année passée, tenait à me rappeler un élément qu'à ma grande honte, j'avais oublié. Un retournement de matrice, c'est un peu comme une manche de veste retroussée. Il faut « simplement » la remettre à sa place en lui faisant faire le chemin inverse. Cette opération demande évidemment la présence du vétérinaire, mais également celle d'un minimum de trois personnes pour le maintien de la vache dans une posture idoine. Or ce dimanche matin de l'hiver 2005-2006, vers les cinq heures du matin, c'est auprès de deux « agonies » que j'ai pu trouver du renfort, disons le tout net: fort apprécié! Je remercie donc encore une fois aujourd'hui ces deux personnages pour leur engagement de l'année passée et plus particulièrement celui qui m'a téléphoné ce matin pour me rappeler cet épisode et qui me permet de la sorte, d'apporter un développement bienvenu à ma définition des « agonies ».
Voici le complément: une agonie peut selon les circonstances et malgré qu'elle en soit une, se montrer parfois utiles à quelque chose!
Jeudi 18 janvier: Au programme aujourd'hui, une longue journée forestière. En effet, après de longues années d'hésitation, je me suis enfin décidé de m'attaquer à la lisière de forêt qui longe la route en direction de Boussens. Celle-ci est essentiellement composée d'arbres assez vieux et devenant potentiellement dangereux pour les usagers de la route avoisinante. Mais pour cette entreprise, je me suis adjoint les services d'un professionnel du « bûcheronage », en la personne de Jimmy l'homme des bois (on le distingue sur la photo se cachant sous le chapeau de bombe bavarois), car la présence de la route et le fait que la majorité des arbres marqués par le garde penchent justement du côté de cette dernière, rendent l'opération bien trop ardue pour moi en regard de mes modestes compétences en matière d'abattage. Mais ce n'est pas le seul collaborateur qu'il m'a fallu engager, deux cantonniers étaient également de la partie pour assurer la sécurité sur la route en stoppant les voitures lors de chaque abattage (on les distingue nettement sur la photo, tout brillant dans leur combinaison réfléchissante). Et il faut encore mentionner Philippe 1er adjoint de Jimmy pour les abattages et de Cali, qui pour sa part est en charge de la subsistance et du façonnage. Ainsi donc, c'est une équipe de six personnes qui était présente au lever du jour pour le début des hostilités. Le tracteur forestier prenait dans la demi-obscurité de ce jour naissant, les allures d'un monstre des forêts. Il rugissait tranquillement chaque fois que Philippe tendait le câble pour assurer l'arbre et qu'il déclenchait le treuil de manière à le faire tomber à l'endroit choisit par Jimmy.
Nous allions nous rendre compte assez rapidement que cette journée n'allait pas être de tout repos. La pluie était de la partie et tombait ma foi fort régulièrement. A tel point que tous les acteurs de cette équipée furent assez rapidement mouillés. De plus, nous qui avions imaginé avec Cali, effectuer des pauses relativement fréquentes, dûment déchanter assez prestement, car l'homme des bois, promu chef de chantier pour la journée, nous fit comprendre qu'on était là, je cite « pour travailler et pas pour s'amuser », ce qui dans le fond n'était pas tout faux. C'est donc mouillés et fatigués que nous avons atteint la pause de midi pour laquelle il était prévu de préparer une fondue. Le jour précédent, j'avais pris le temps de construire un abri à l'aide d'une bâche et de quelques cordes et c'est donc confortablement installé et réchauffé grâce au feu, que nous avons brassé une fondue qui se révéla excellente.
L'après-midi fut un peu moins pluvieux et vers quinze heures, un spectacle qui ressemblait singulièrement à celui que « Lothar » nous avait offert il y a quelques sept années déjà, se présentait à nos yeux. A la différence que l'ouragan de triste mémoire avait laissé derrière lui des arbres emmêlés comme un mikado géant alors qu'aujourd'hui, Jimmy nous les a alignés les uns à côté des autres. Une trentaine de plantes ont été ainsi abattues et jonchent le sol dans l'attente d'être façonnées.
Mercredi 23 janvier: ça y est, elle a fini par arriver, la neige est tombée! Oh bien sûr, on est encore pas enseveli, il en est tombé 5 centimètres au grand maximum, bien peu de chose me direz-vous avec raison. Juste de quoi enquiquiner les automobilistes en rendant les routes glissantes et dangereuses mais malgré tout insuffisamment pour permettre aux enfants d'aller luger ou « bober » à la Côte, là où des générations d'enfants se sont déjà succédées. Mais enfin, avec une température flirtant avec les -1°c, cela suffit pour donner au paysage son aspect hivernal d'un blanc immaculé. Alors entre des enfants tout réjouis de voir deux flocons, des automobilistes énervés et soucieux pour leur carrosserie, sachons voir et reconnaître dans le calme de cette campagne enneigée, la beauté d'une journée d'hiver.
Et puis, hasard du calendrier ou persécution de cette tentaculaire machine administrative qui ceinture toujours plus la branche agricole, nous avons eu droit aujourd'hui, à seulement deux contrôles sur l'exploitation! Une brouette aurait à peine suffit à contenir la quantité de paperasse qu'il a fallu remplir entre ce matin et cet après-midi. Des centaines de cases à cocher ont été munies d'une petite croix certifiant que l'on a fait soit tout juste soit tout faux. Les formulaires AQ, IP, SST, SRPA, BDTA, et j'en oublie forcément, ont été remplis pour le plus grand bonheur d'une armée de fonctionnaire. Et finalement, tout ça pour quoi? Rassurer le consommateur? Justifier les paiements directs? Oser espérer vendre nos produits à un prix en valant encore la peine? Ou tout simplement avoir le droit d'exercer notre métier? Un peu pour toutes ces raisons j'imagine. Le plus comique, c'est qu'une bonne partie de ces contrôles portent sur des mesures visant à améliorer les conditions de vie des animaux de rente. Alors pour les fréquenter assez régulièrement, je peux vous certifier que ces derniers restent de marbre et absolument insensibles à tous les efforts que nous déployons pour eux. Quand aux consommateurs, difficile de quantifier le nombre d'entre eux qui font quotidiennement le geste de payer un petit peu plus cher, un produit griffé d'un sigle de production particulier.
Jeudi 25 janvier: Petit frisson aux oreilles ce matin en mettant le nez dehors. La météo l'avait annoncée, et ma foi oui ils ne se sont pas trompé, la bise s'est levée et il fait froid, aux alentours de -8°c. Dans l'ensemble, pas de problème majeur dû au froid. Il faut dire qu'avec les années, on commence à connaître les petits gestes qui permettent d'éviter les gros ennuis inhérents aux températures négatives. Ainsi dans la salle de traite, nous coupons l'eau le soir et purgeons soigneusement les conduites d'eau. Nous faisons de même pour le tank à lait. A la stabulation, je coupe l'eau à l'un des abreuvoir de manière à ce que les vaches utilisent toutes le même, un débit plus grand et plus régulier empêche la formation de glace. Seul l'abreuvoir de la stabulation de génisses à tendance à se figer. Certains jours, il dégèle de lui même dans la journée et dans le cas contraire il suffit de le réchauffer quelques minutes à l'aide d'une petite chaufferette à gaz. Pour le bétail, le froid en soi n'est pas une contrainte. Je dirais même que les bêtes préfèrent un -10°c sec à un 25°c lourd et humide. Toutefois, la bise elle fait comme chez les hommes, des grincheuse dans le troupeau.
En fait ce qui à l'air de souffrir le plus du froid, sont les moteurs diesels. Il deviennent capricieux, se font désirer quand on les sollicite. On guette avec angoisse un hoquet du moteur annonciateur d'un démarrage imminent. On se réjouit de constater que le démarreur s'emballe, on s'imagine alors que cette fois est la bonne: il va démarrer! Et puis non, le rythme ralenti, les volutes de fumée s'espacent, il va falloir encore le remorquer. Alors dans le meilleur des cas, ils se mettent en route au bout de quelques minutes, après avoir fait tourner longuement le démarreur crachant une épaisse grise.
Dimanche 28 janvier: Je pense que vous aurez compris maintenant comme j'apprécie effectuer des petites équipées en montagne. J'aime particulièrement le calme que l'on y trouve, la beauté du paysage. Une certaine sérénité s'empare de moi dans ces moments d'ascension et j'apprécie cela.
Alors ce dimanche matin départ, avec raquettes et bâtons. J'avais au préalable lancé un appel aux éventuels volontaires familiaux susceptibles d'être intéressés, mais entre les malades, les fatigués de la nuit et les paresseux, je n'ai guère rencontré de succès! Pour ma part, cela ne me gêne pas de marcher seul, la réflexion n'en est que plus profonde. Je me suis installé au sommet du Grand Cunay et j'ai pris du temps pour admirer ce magnifique panorama, copieusement arrosé par les rayons du soleil, un peu comme un lézard sur un mur.
Ainsi en face de moi, en direction du sud, se dresse le Mont-Blanc et toute la chaîne des Alpes de Savoie. A leurs pieds, le lac Léman scintille sous le soleil, recouvert ici ou là par quelques nuages de brume. Un peu plus à l'ouest on voit bien le Salève, la montagne des Genevois qui émerge de la brume recouvrant la ville. Avec ses formes toutes en rondeurs, il ressemble à une baleine crevant la surface de l'eau. Plus loin, carrément à l'ouest, la forêt du Risoux s'étendant à perte de vue, ondoyant au gré des vallons et collines qu'elle dissimule. On aperçoit de temps en temps un toit de chalet, difficile de mettre un nom sur les plus lointains, mais certains sont identifiables et notamment la Meylande dont on voit un bout du toit émerger par-dessus les sapins. Et puis là bas, tout au loin la France, également sous la brume.
D'ici, le Lac de Joux est caché. En fait, il est même difficile d'imaginer qu'une vallée se dissimule entre ces forêts. Je distingue juste un voile de brouillard qui indique son emplacement ! En me tournant vers le nord, j'ai en face de moi la Dent de Vaulion avec à sa droite le Suchet. Il y a très peu de neige sur ces deux sommets et les quelques trente centimètres tombés il y a peu, ont été vigoureusement soufflés et sont allés augmenter la couche plus bas dans les combes. En tous cas rien de comparable à ce que j'avais découvert l'année passée avec une couche qui dépassait allègrement le mètre par endroit. J'avais d'ailleurs fait des photos sur lesquelles on distinguait à peine la Meylande et la Lande (1) (2) sous la neige. Et bien, rien de tout cela cette année, ces trente centimètres de neige soufflée suffisent juste à donner au paysage son aspect hivernal.
Et pour terminer, l'est, où s'étend le plateau vaudois avec ses villages qui forment ici ou là des taches oscillant entre le blanc et le gris et qui se détachent ainsi dans la verdure. Difficile de s'orienter! Il me faudrait un point de repère pour arriver à situer Bettens. Je cherche en vain la Tour d'eau de Goumoens qui habituellement se détache bien dans sa belle robe blanche. Mais aujourd'hui il y a un peu trop de brume, impossible de mettre l'oeil dessus. Plus loin les préalpes fribourgeoises et vaudoises avec bien sûr le massif des Diablerets facilement repérable avec à sa gauche, la Becca d'Audon ressemblant à une canine.
Un panorama réellement splendide! Et dire qu'il m'a fallu redescendre de ce paradis...