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Jeudi 1er février: C'est aujourd'hui que se tient l'assemblée du cercle laitier d'ORLAIT, assemblée qui réunit l'ensemble des producteurs de lait de la région. Il fut une époque, d'un temps désormais lointain, où une centaine de paysans provenant d'une région composée d'une petite dizaine de communes constituant un cercle, se retrouvaient pour discuter des problèmes de production et de commercialisation laitière, et surtout déguster généralement une bonne fondue. Et puis avec l'érosion des effectifs, il a fallu fusionner les cercles. D'abord deux, puis trois, etc... C'est donc un peu plus de soixante producteurs laitiers venant d'une région grande comme le centre du canton qui se sont retrouvés pour entendre une nouvelle fois que le prix du litre de lait allait... baisser. Et d'une manière assez conséquente puisque les bruits qui circulent font référence à des chiffres allant jusqu'à 5.5 cts le litre.
Ambiance donc morose à souhait, dans cette grande salle de Goumoens-la-ville à l'écoute de ces nouvelles fort peu réjouissantes. Morose et surtout désabusée en regard des efforts déjà fournit par l'ensemble des producteurs laitiers pour tenter d'améliorer la compétitivité de ce secteur soumis à une si rude concurrence au niveau européen et mondial. Depuis quinze ans on entend les grands spécialistes de l'économie nous dire et redire que les prix à la production sont trop élevés et qu'ils empêchent les entreprises suisses de se profiler sur les marchés étrangers. Alors depuis quinze ans, le prix du litre de lait descend, descend encore et toujours. J'ai commencé ma carrière alors qu'on nous achetait le lait au prix de 1,05 francs. Aujourd'hui avec le jeu des bonus-malus sur la qualité, on peu espérer un prix moyen de 0.67 francs (lait non-transformé en fromage)! Soit une baisse d'environ 35 pour cent! Et avec ça, on continue d'entendre de la part d'éminents économistes que notre lait est trop cher, qu'il empêche les entreprises suisses de se profiler sur le marché international, etc..., etc... Rengaine désormais connue et bien assimilée.
Alors, beaucoup de dépit, de découragement et de désillusion dans les rangs de cette assemblée réunie aujourd'hui, parce que pour beaucoup dans cette salle et ailleurs dans les campagnes, l'impression qui domine est que les bénéfices des efforts entrepris pour rationaliser et rendre plus concurrentielles les exploitations laitières du pays ont été systématiquement récupérés et empochés par les intermédiaires et en tous les cas n'ont jamais profité aux consommateurs si ce n'est à l'occasion de rares actions ponctuelles. Il serait peut-être temps que les entreprises de transformation et de distribution commencent elles aussi à se poser des questions sur leur rentabilité et compétitivité.
Et en parallèle à ces prix qui ne cessent de descendre, nous sommes confrontés à une hausse des exigences en matière de qualité. Les critères en la matière sont devenus très sévères et pointus. Comment ne pas voir là l'extraordinaire contradiction entre des prix à la production ne cessant de baisser et de l'autre des exigences qui ne cessent d'augmenter. Avec par voie de conséquence, des coûts de production qu'il devient difficile de comprimer plus.
Et puis dans ce domaine nous ne sommes plus à une contradiction prêt: depuis quinze ans on nous explique que ce doit être le marché qui dicte les prix. Or ce même marché est aujourd'hui demandeur! Les entreprises laitières cherchent du lait mais paradoxalement, elles nous proposent une baisse du prix!
Alors bien sûr, on nous rétorque qu'en lieu et place, nous bénéficions des paiements directs qui d'une manière ou d'une autre sont censés compenser ces baisses. Argument imparable! Il est vrai que jusqu'à ce jour, ils ont permis de maintenir les niveaux des revenus dans notre profession. Ce qui est sûr également, c'est qu'ils entretiennent une image « d'assisté » qui fait beaucoup de mal à cette même profession. De plus on peut légitimement se poser la question si cette manière de faire est la meilleure garante d'une agriculture forte et entreprenante? Rien n'est moins sûr!
Samedi 3 février: Une bise forte et soutenue s'est levée ce matin. Il faut s'accrocher aux souliers pour ne pas s'envoler. Papiers et plastiques tournoient dans la cour prisonniers des tourbillons créés par la bise. Il donnent l'impression qu'à chaque rafale ils vont prendre leur envol et se faire emporter plus loin, mais irrésistiblement on les voit revenir et recommencer leur ronde infernale. Les portes claquent sur notre passage et tout le monde ronchonne après elle. Mais cela n'empêche pas une équipe de joyeux forestiers de faire de l'avance au bois et de fendre bien quelques stères. Et puis, pour le menu de midi une excellente choucroute, dégustée « confortablement » installé derrière un tas de bois histoire de se protéger de la bise.
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Lundi 5 février: Crac! C'est le bruit que j'ai entendu ce matin. Ou plutôt, c'est la douleur que j'ai ressentie dans le bas du dos quand j'ai voulu me relever en portant un tout nouveau né , un petit veau qui finalement s'avéra par la suite pas si petit que ça, tout mouillé, glissant à souhait, pour le porter et le déposer dans le box des veaux. Vous pensez bien que depuis lors, la douleur récurrente qui me parcourt le dos à chaque mouvement un peu brusque, me rappelle douloureusement la naissance et le transport de ce petit animal. Quant à la maman, Mélanie, elle se porte bien. Et puis aujourd'hui, nous avions rendez-vous avec le vétérinaire: notre taux de cellules dans le lait est décidément trop élevé. Alors collaboration avec ce dernier, nous avons pris un échantillon de lait de l'ensemble des vaches suspectées afin de cibler correctement le traitement. Résultats des analyses en fin de semaine. D'ici là, les vaches ayant marqué le plus au test de Schalm (pdf 900 ko) sont traites au pot et le lait est donné aux veaux. |
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Mercredi 7 février: Faute de petit nom, je dois me contenter de les appeler par leur numéro: ainsi donc aujourd'hui 120.0483.9008.5 et 120.0483.9009.2 ont embarqué dans une bétaillère et pris la direction d'un marché de bestiaux pour y trouver un nouveau propriétaire. Comme déjà expliqué précédemment, c'est le destin des veaux mâles que de venir garnir une assiette dans l'un ou l'autre des magnifiques restaurants que l'on trouve dans et hors des frontières de notre canton. Deux qui partent et un qui arrive! Lunette la bien nommée en regard des magnifiques taches rondes et noires qui entourent ses yeux, a donné naissance hier à un énorme gros veau. J'ai fait très attention de ne pas le porter, en fait j'ai attendu qu'il soit assez fort pour qu'il se lève et qu'il fasse le chemin jusqu'à la nursery sur ses quatre pattes. |
Puis cet après-midi, petit pèlerinage en un lieu qui je vous l'avoue, a quelque peu marqué une partie de ma vie, endroit qui nous a hébergé moi et quelques amis durant deux hivers, endroits dans lequel certains professeurs ont tenté et ma foi parfois réussit à nous inculquer les bases du métier d'agriculteur, endroit chargé de souvenirs pour l'essentiel agréables et truculents: l'école d'agriculture de Marcelin. La raison de ce retour aux sources s'appelle Antoine. Il est en effet « déjà » temps de penser à son avenir professionnel et de chercher un apprentissage qui puisse lui convenir. Beaucoup pourrait penser que l'avenir d'un fils d'agriculteur pourrait être tout tracé, qu'il n'est nul besoin de se creuser la tête à ce sujet. C'est vrai, ce pourrait être le cas, mais un jeune qui choisit sa voie doit pouvoir le faire en toute connaissance de cause et il est impératif que dans l'époque pour le moins troublée que traverse l'agriculture aujourd'hui, le choix puisse se faire en toute liberté. Ainsi donc, un forum des métiers verts étaient organisé cet après-midi à Marcelin. Ainsi les jeunes accompagnés parfois par quelques parents, ont pu se familiariser et découvrir les particularités de métier comme: bûcheron, caviste, viticulteur, agriculteur, paysagiste, horticulteur, fleuriste, etc... C'est aussi l'occasion de comparer les avantages et les inconvénients de telle ou telle autre profession. Alors pour Antoine, point de déclic fulgurant, mais une idée plus précise sur les professions qui l'intéressent. Et pour le papa, une vision des diverses filières existantes au niveaux de toutes ces professions ainsi qu'une impression plus que positive quant à l'organisation et le déroulement de ce forum.
Vendredi 8 février: Un matin comme les autres, avec le réveil vers les 5 heures et cette perpétuelle découverte de la température et du temps qu'il fait dehors. Mais un matin qui va finalement s'avérer quelque peu différent à cause d'un événement un peu particulier qui est venu troubler le petit train-train quotidien qu' animaux et hommes connaissent. J'étais donc sur le coup de 5 heures 15 en train d'effectuer le paillage dans la stabulation, quand le silence ambiant fut subitement déchiré par un cri strident venu de derrière la salle de traite. Un cri vraiment particulier, qui m'a fait froid dans le dos, à tel point que les vaches prisent de panique se sont toutes ruées au fond du parc d'attente. Et puis une nouvelle fois ce cri qui retentit, là tout près de nous. Sans nul doute, il y avait quelque chose juste à côté des vaches entre la salle de traite et la fourragère, quelque chose de bruyant, mais quelque chose d'invisible dans l'obscurité du matin. Je traversais donc l'aire d'attente et me dirigeais vers l'endroit d'où il me semblait que le cri provenait. Les vaches avait eu peur et je ne vous cache pas que moi-même je n'étais pas très rassuré! En face de quel monstre sorti de nul part allais-je me retrouver?... Qui pouvait donc faire un tel raffut? « Courageusement » je m'enfonçais dans la nuit à la poursuite de l'intru, poussé par je ne sais quelle curiosité téméraire. Et puis toujours ces cris criards, perçants, indiscutablement pas très loin de moi, qui se répétaient à un rythme régulier et soutenu. Arrivé derrière le silo, je sentais que « la chose » était tout près, mais elle restait complètement invisible dans le noir. Alors je me souvenais que mon natel est munis d'une lampe de poche! Je le sortis donc et une fois allumé, ... ne réussit qu'à éclairer le bout de mes bottes!!! Déçu, j'écoute toujours ces cris qui maintenant s'éloignent dans le pâturage. Une autre fonctionnalité de cette appareil universel qui a presque remplacé le couteau suisse, me permet d'effectuer des petits enregistrements. Aussitôt pensé, aussitôt fait: je pèse sur les quelques touches et mets en route l'enregistrement afin d'immortaliser « auditivement » ces cris. Ainsi donc, en cliquant ICI ( les performances de mon natel étant ce qu'elles sont, n'hésitez pas à mettre le volume assez fort) vous pouvez entendre ce qui a contribué à faire de ce matin, un matin un peu plus particulier que les autres.
Plus tard durant le déjeuner, j'ai raconté cette histoire aux enfants qui très vite ont commencé à échafauder des hypothèses toutes plus saugrenues les unes que les autres, allant de l'animal tropical échappé d'un zoo, à l'alien débarqué d'une lointaine planète et arrivé sur terre afin d'y étudier les moeurs en vue d'une future invasion. Vous imaginez bien qu'ils étaient fort loin de la vérité puisqu'une rapide recherche sur internet m'a permis de constater que ce n'était qu'un renard à la recherche de l'âme soeur; tout simplement le cri d'un renard. Mais surtout ne dites rien aux enfants, ils préfèrent de loin leur version!
Pour en revenir aux choses plus sérieuses, le résultat des analyses concernant les mammites sont arrivés cet après-midi et avec eux les médicaments pour les soigner. Le traitement pourra donc commencer ce soir.
Dimanche 11 février: Antoine me donne un coup de main ce matin. Il s'est notamment occupé des génisses en allant leur donner à manger et faire la paille. Il a d'ailleurs eu droit une petite surprise en découvrant un petit veau tout frais, encore un mâle, parmi les vaches taries: celui de Manon II. A noter encore la présence d'une certaine Agonie qui est passée à deux doigts de monter d'un échelon dans le classement. Toutefois, vu que cette même personne est pressentie pour le gouvernage du week-end prochain pendant lequel je serais absent, je m'abstiendrais de le faire tout de suite. Mais à mon avis, je pense que ce n'est que partie remise, une Agonie de cette envergure ne peut que progresser.
Lundi 12 février: Le mauvais temps s'est installé! Et semble-t-il que la météo la prévu pour une certaine durée. Il a plu presque toute la nuit. Il est vrai qu'il n'en est pas tombé de grande quantité, mais les précipitations furent très régulières. En tous cas suffisamment pour donner un visage plutôt boueux à l'aire de promenade. Aujourd'hui, la législation encourage la détention des animaux en plein air ce qui en soi est une très bonne chose et je suis persuadé que les principaux intéressés y trouvent quelques satisfactions. Mais il faut reconnaître qu'en cas de mauvais temps, avec la pluie principalement, la vue qu'on peut avoir de l'aire de promenade et des animaux tout trempés est un peu moins idyllique que la pub que la Migros nous sert pour vanter ses produits laitier « Heidi » (en matière d'idylle, il en est une qui ne laisse pas indifférent, c'est la « Heidi » de la pub: ravissante avec ses tresses!). Pour maintenir cette surface dans un état plus ou moins convenable, il faut la nettoyer tous les trois jours. Mais en cas de précipitation, c'est presque insuffisant: tout devient très vite boueux, pour ne pas dire « bouseux ».
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Et puis grande révolution dans le village où la civilisation avance à grand pas: nous disposons désormais d'une adresse! En effet, les routes et chemins ont été baptisés et les maisons numérotées.. Partout dans le village, des plaques d'un joli rouge bordeaux ont été posées de manière à ce que le pèlerin cheminant à la recherche de quelques personnes de sa connaissance puisse aisément se retrouver. Même les vaches n'auront plus d'excuse puisque l'étable également a son numéro! Elles ne pourront que retrouver le chemin de l'écurie: au 13 de la route de Boussens. |
Jeudi 15 février: C'est aujourd'hui que nous avons la visite d'un éminent expert en matière de pointage du bétail: Heinz Baur. Son travail consiste à mesurer, jauger, apprécier les qualités morphologiques des génisses nouvellement admises au rang de laitières ainsi que les vaches susceptibles d'être augmentées dans leur pointage. Pour ce faire nous préparons les bêtes de manière à ce qu'elles soient accessibles et limitées dans leurs mouvements, ce qui se traduit par un peu de rodéo pour ces animaux qui n'ont jamais vu de licol. Le travail de mensuration et d'appréciation commence ensuite, les diverses données étant enregistrées de suite dans une petite unité informatique. Au final, nous nous retrouvons nanti de feuilles exprimant à l'aide d'un graphique les qualités et les défauts des génisses.
Et puis aujourd'hui, il faut mentionner l'arrivée du petit veau à Mady, arrivée qui m'a quelque peu pris de court, puisqu'avec une durée de gestation de 268 jours, soit 16 jours de moins que la gestation moyenne enregistrée ces dernières années. Mady, la vache à « la corne »! La seule vache du troupeau pouvant se vanter de posséder une corne, oubli vraisemblable plutôt que loupé lors de l'écornage. Sur ce coup là, je n'ai aucune excuse! Alors oui, chez nous nous procédons à l'écornage sur les petits veaux alors qu'ils sont âgés de moins d'un mois. L'un des avantages est d'avoir plus tard, des vaches plus tranquilles et d'éviter ainsi d'avoir une stabulation qui se transforme en arène pour combats de reines. L'autre grand avantage se situe au niveau de la sécurité du travail. Il y eu trop d'accidents dû aux cornes du bétail: décès, oeil crevé, etc. On entend beaucoup de chose sur les méfaits de l'écornage; mais pour quelqu'un qui pratique les animaux tous les jours, il est facile de se rendre compte que les avantages sont bien plus nombreux que les inconvénients.
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Dimanche 18 février: Après une petite escapade de deux jours dans le nord de l'Italie en compagnie des membres de l'Amicale 64, retour à une vie normale! Et pour m'accueillir ce dimanche matin, un magnifique levé de soleil qui mérite une photo, et surtout qu'on prenne le temps de s'arrêter pour admirer. Durant un instant, on a l'impression que le temps va s'arrêter, un calme reposant règne en ce tout début de journée, seulement entrecoupé par les cris d'un volatile ayant décidé de passer sa nuit juste derrière l'écurie, dans le marais qui a commencé à se remplir d'eau la semaine passée. Et puis tout d'un coup, des cloches se mettent à sonner. Tout d'abord celles d'Oulens et de St Barthélémy qui dans un ensemble quasi parfait s'ébranlent pour annoncer sept heures à la population endormie.. Puis avec un léger décalage voilà celles de Bioley-Orjulaz ou d'Assens qui font entendre leurs tintements. J'ai l'impression d'assister à un dialogue entre ces différentes églises, avec cette musique qui passe par-dessus forêts et campagnes vallonnées. Seules celles de Bettens restent muettes... |
Mardi 20 février: Comme hier, comme dimanche, c'est la douceur qui prédomine ce matin. Toute la nuit le ciel fut étoilé et clair, et malgré cela point de fraîcheur ni de gel. Même la bise qui s'était levée hier soir n'a pas réussit à refroidir une atmosphère qui se veut résolument printanière. Conséquence de cette douceur, des prairies et des cultures qui verdissent et l'impression persitante que le printemps souhaite s'installer avant l'heure. Faut-il avoir peur de son impatience à vouloir nous imposer son arrivée prématurée? Un retour du froid est-il toujours possible? Jusqu'à fin mars, on peut dire que oui, mais plus les jours passent, plus il sera difficile pour lui d'être incisif. Une chose est sûre, c'est que cette douce torpeur convient à beaucoup. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à regarder l'état de grâce dans lequel se trouve les vaches lorsqu'au plus fort de la journée, elles se dorent au soleil, yeux mi-clos, oreilles en bernes et ruminant régulièrement dans un rythme que ne renierait pas une horloge neuchâteloise.
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Jeudi 22 février: La météo continue à nous offrir un avant goût du printemps. Soleil et douceur sont présents et nous accompagnent tout au long de la journée. Le jura se découvre tous les jours un peu plus et de longues traînées vertes déchirent ici ou là le manteau neigeux qui le recouvraient jusqu'à aujourd'hui. Cette saison aura été vraiment particulière et ma foi plutôt catastrophique pour les stations de basse montagne. Pour l'agriculture, toute cette douceur ne devrait a priori pas être forcément négative. Elle laisse simplement augurer d'un réveil en trombe de dame nature. Réveil qu'il s'agira d'accompagner au mieux par les divers soins qu'il occasionne aux cultures. Et puis espérons surtout que ce réveil ne soit pas brusquement stoppé par le retour inopiné d'un hiver qui ne s'avouerait pas vaincu si facilement sans combattre. Ceci dit, le chantier « bois »a bien avancé, et la douceur qui règne permet d'y travailler à l'aise. Il faut dire que grâce à ce vieux tracteur de marque David Brown, qui est selon son propriétaire comme toutes les Anglaises: « nul besoin de les préchauffer pour qu'elles se mettent route », et de la fendeuse qui lui est accouplée, les stères de bois s'accumulent formant ici et là de magnifiques « têches » de bois. On peut dire que le chantier a belle allure. |
Ndlr: des termes vaudois ils en existent des centaines. Ils sont parfois utilisés dans un rayon très restreint et peuvent être complètement incompréhensible à deux vaudois éloignés par quelques dizaines de kilomètres. Aussi je ne peux que recommander la découverte du site « topio.ch » qui possède un lexique tout à fait intéressant.
Vendredi 23 février: Ce matin, c'est concerto pour veaux assoiffés! En effet, la période du sevrage est atteinte pour Papeete et Patricia . Seulement voilà, ces deux veaux apprécient moyennement le passage de la vie « avec le lait » à celle de « sans le lait » et le font savoir d'une manière fort bruyante à l'ensemble du quartier. Ainsi donc, à l'approche, pendant et juste après le « gouvernage », c'est un concert de beuglements qui est diffusé à qui veut bien l'entendre et même aux autres! Nous utilisons habituellement une manière un peu moins « brutale » et procédons à un sevrage progressif permettant d'éviter ainsi les cris. Malheureusement, il n'a pas été possible de l'utiliser dans le cas de ces deux veaux.
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Et puis ce soir est arrivée Paméla, une jolie petite génisse née sur le coup de 17 heures et immédiatement adoptée et baptisée par Lisa. Joueuse, la maman, va bien. Cette vache au caractère bien trempé fait partie d'une lignée qui a fortement marqué le troupeau. Gageons que la petite dernière arrivée ce soir suivra la ligne de ses ancêtres et saura faire partie des bêtes dont on se souvient. Et puis en parallèle à cette naissance, la visite d'une encouble et d'une agonie. Ces deux personnages étaient désireux de me prouver à quel point ils assument pleinement leur statut respectif. Jugez-en vous-même et admirez ces magnifiques torses ornés de leur tout nouveaux tee-shirt. Finalement nous sommes peut-être à l'aube d'une toute nouvelle mode! Mieux, d'un nouvel art de vivre: après le mouvement hippie, hip-hop et autre rap, voici venu le temps des agonies et des encoubles. On viendra du monde entier écouter les sermons et les enseignements de 12 « Justes » du calendrier des agonies. Ce seront des cars entiers qui viendront déverser les disciples dans des séminaires expliquant et enseignant l'Art de l'agonie et de l'encouble. |
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Dimanche 25 février: Ambiance de fin du monde hier après-midi dans la campagne du Gros-de-Vaud et ailleurs en Romandie. Comme au plus fort du mois de juin, un puissant orage s'est abattu sur notre région: coups de tonnerre, éclairs zébrant le ciel, trombes d'eau, violentes bourrasques de vent et cerise sur le gâteau, une averse de grêle. En quelques minutes, le sol s'est recouvert de petits grêlons bouchant caniveaux et coulisses. Notre voisin s'est d'ailleurs retrouvé rapidement sous une pluie fine dans son appartement: le chéneau bouché ne remplissant plus sa fonction, un lac s'est formé sur le toit permettant à l'eau de s'infiltrer. Ce matin la météo n'est guère plus favorable et ressemble à s'y méprendre à celle de hier. Mais ce temps humide à souhait ne fait pas que des malheureux. Ainsi, notre petit lac qui se forme au gré des précipitations, a reçu ce matin quelques visiteurs. J'y ai dénombré quatre canards Colvert ce qui en soi n'est pas exceptionnel, mais également un couple de canard qui après une rapide recherche sur internet, se révéla appartenir à la famille des « Tadorne Casarca ». C'est la première fois que je me trouve en présence de ce genre de volatile mais après avoir entendu son cri, j'ai pu constater qu'il s'agissait du même oiseau entendu il y a une semaine. Trop loin pour prendre une photo, il faudra vous contenter d'une repêchée sur la toile. Trouvée également sur le web, cette information nous apprenant qu'on dénombrait seulement une cinquantaine de couples de cette espèce en Europe de l'ouest. |
Lundi 26 février: Départ de la jeunesse en voyage « d'étude » au Vénézuela! J'ai d'ailleurs eu droit aux croissants! Merci et bon voyage. Pour ma part, c'est également le départ, un peu moins loin il est vrai: direction les Diablerets!
Mardi 27 février: J'imaginais bien trouver ceci ce matin en ouvrant la porte du chalet. Mais quand même, l'émerveillement et sans cesse renouvelé. Impossible de rester insensible à cette beauté qui s'offre à nous. Imaginez le massif des Diablerets se dressant majestueusement devant nous, entouré comme un halo par la neige fraîchement tombée que le vent d'altitude s'amuse à emporter. La lumière des rayons du soleil fait briller cette couronne qui recouvre ainsi les différents sommets du massif.
Mercredi 28 février: Changement de décor radical! Après l'émerveillement des cimes enneigées et la blancheur d'hier, le tableau de ce matin n'est que grisaille et désolation. Il est celui d'un décor hivernal en déroute. Poussé par un puissant vent d'ouest, une perturbation chargée d'humidité s'en est venue décharger sa cargaison de pluie et d'averses et à cause d'une douceur toute printanière, cette pluie tombe jusqu'à passé 2000 mètres. Inutile de dire que ce mauvais temps à quelque peu « douché » l'enthousiasme de l'équipe des skieurs pour qui je suis descendu ce matin chercher un peu de subsistance, en l'occurrence des croissants pour le déjeuner. Dans le bistrot où j'ai l'habitude de prendre un café, toutes les discussions tournent autour de cette météo calamiteuse qui met des bâtons dans les roues de tout le monde. Il y a les fâchés, ceux qui s'en fichent, les fatalistes et puis les plus âgés qui se souviennent que finalement ce n'est pas la première fois que cela arrive. Autant de clients, autant d'avis sur la question. Il est amusant d'imaginer que partout en Suisse et ailleurs, la journée débute immanquablement par les mêmes interrogations sur la météo du jour.