Août 2007



Vendredi 3 août: Ce matin, le ciel est couvert. Les festivités du 1er Août se sont déroulées avec un temps magnifique, mais durant la nuit une perturbation s'en est venue et a provoqué des ondées assez soutenues hier matin. Manque de chance, Olivier notre voisin avait fauché un peu de regain qu'il aurait fallu botteler aujourd'hui. Maintenant, il va falloir attendre un peu pour pouvoir le ramasser. Pas longtemps d'ailleurs, car durant l'après-midi le soleil est revenu et la météo est même allée jusqu'à nous promettre même quelques jours consécutifs de beau temps! Une générosité qui nous laisse tout pantois! Alors nous profitons nous aussi de faucher le Marais, la parcelle se trouvant derrière la ferme. La coupe n'est pas exceptionnellement abondante, mais le soleil ambiant nous incite à profiter de cette période de beau temps.

Dimanche 5 août: Plusieurs collègues sont dans le même cas que nous et ont fauché également du regain. Nous prenons le pari que le beau temps tiendra jusqu'à demain soir et décidons de ne rien entreprendre ce dimanche. Rien entreprendre n'est peut-être pas la bonne expression, puisque je profite de la journée pour me rendre accompagné par Sandrine sur le Luisin (panorama 360o, taille 870 ko, tiré du site ValaisPano.ch), sommet culminant les Marécottes à une altitude de 2785 mètres. La montée fut rude et l'arrivée pour le moins abrupte. Mais la vue depuis ce petit sommet récompensait tous les efforts fournis.

Lundi 6 août: Retour sur terre et journée consacrée au bottelage des quelques parcelles fauchées vendredi, soit l'équivalent d'une dizaine d'hectares de prairie. Pour Philippe également cette journée est importante, puisqu'elle met un terme à la saison de battage. C'est en effet aujourd'hui qu'il a rendez-vous avec les propriétaires des trois parcelles d'avoine de printemps qui sont encore debouts sur le territoire communal. Une saison éprouvante puisque régulièrement entrecoupée par des averses de pluie et entachée par le risque de s'embourber à n'importe quel endroit n'importe quand. Mais finalement une saison qui s'est déroulée sans gros accroc.

Mardi 7 août: Heures supplémentaires ce soir pour donner un coup de main à Mastu et aux membres de la jeunesse pour réparer leur caravane dont le timon donnait des signes évident de grande fatigue. Les feux également n'étaient pas au top et loin s'en faut. Il fallait que tout ceci soit en ordre car ils prenaient la route en direction du dernier giron de la saison à Etoy.

Jeudi 9 août: Depuis lundi soir, il est tombé plus de 85 mm d'eau. Quasiment l'équivalent de la quantité qui se déverse durant un mois d'été durant une année normale. Comme les sols sont déjà gorgés d'eau, il n'a pas fallu attendre beaucoup pour voir apparaître ici ou là d'immenses gouilles d'eau, lacs éphémères atteignant parfois des dimensions vraiment impressionnantes. Ainsi, notre petit lac est réapparu dans le Marais, exactement là où trônaient lundi les quelques balles de regain séché durant le week-end passé. Chose plus rare, un deuxième lac s'est formé sur une autre de nos parcelles, en Arzillé, démontrant par là le caractère exceptionnel de ces précipitations. Les quantités d'eau tombées cet été sont dores et déjà réellement impressionnantes et tout à fait hors normes. Et puis ce matin, le ciel chargé et sombre, nous a rappelé un peu brutalement que les jours raccourcissent et qu'on se dirige lentement vers l'automne. Il faisait presque nuit vers les six heures du matin.

Il avait été décidé d'effectuer une journée de « tâches » aujourd'hui à la montagne de la Lande-Dessus. Avec le temps qu'il fait elle est évidemment renvoyée. En fait pas complètement annulée, puisque nous imaginons quand même effectuer une petite visite auprès du berger et de nous inviter pour une fondue au chalet. Suite à quelques menues péripéties dont les obscurs raisons trouvent leurs causes dans la niche au chien de Pierre, Boule, nous finissons par arriver en retard à la Lande-Dessus, le pâturage des génisses. Nous y étions évidemment attendus par Anne-Marie et Frédy et c'est sans tarder que Marco a mis en route la fondue. Le temps se prête à merveille pour un repas de ce genre, et si au dehors, les nuages et la grisaille du temps règnent en maître, il en va rapidement différemment à l'intérieur du chalet! (photos 2photo 3photo 4photo 5).

Vendredi 10 août: Conséquence des trombes d'eau descendues ces derniers jours, hormis les terribles inondations et débordements survenus en peu partout en Suisse, c'est que notre petit lac s'est gonflé et a atteint ses dimensions des grands jours, réveillant chez certains des ambitions de grandes aventures nautiques. Lisa, Louis et Antoine puisque c'est d'eux qu'il s'agit, rejoints un peu plus tard par Sébastien, ont donc récupéré tous les vieux bidons qu'ils ont pu trouvé et ont confectionné un radeau. C'est au moins la dixième tentative de ce genre que nos Lombards en herbe effectuent dans l'espoir d'arriver à flotter un jour

Avouons que jusqu'à aujourd'hui, les résultats ont toujours été plutôt mitigés voir se sont terminés par une retentissante bérézina: chavirages, naufrages, bains glacés ont été jusqu'à ce jour les résultats les plus probants! Rien de quoi se glorifier! Mais reconnaissons chez ces jeunes gens une qualité: l'obstination. Et malgré les échecs à répétition, il font preuve d'une ténacité face à l'adversité digne des plus grands explorateurs. Du moins pour ces bêtises là en sont-ils pourvu, si au moins il en allait de même pour l'orthographe...!!! Les voilà donc partis pour cette xxxième expédition et pleins d'espoir, ils mettent à l'eau leur embarcation qui fait ma foi fort bonne figure, flottant fièrement sur les eaux de ce lac éphémère. Le premier test de flottabilité est relativement concluant et enhardit par ce début de succès passent à la seconde phase en essayant de s'installer à l'intérieur. C'est à ce moment que les premiers signes d'instabilité se sont révélés se transformant par la suite en problème sérieux de tangage. La suite ne fut pas beaucoup plus heureuse que les tentatives précédentes et fut émaillée comme vous vous en doutez bien par des chavirages, naufrages et bains glacés. Finalement, là n'était pas le plus important, puisque les trois moussaillons ont passé leur après-midi à plonger, chavirer et réparer leur engin. (le film du naufrage 6 mb format wmv).

Mardi 14 août: Le calme après la tempête! Les moissons terminées, nous vivons ces jours une période nettement plus calme qui nous permet d'effectuer certains petits travaux de maintenance qui ont tendance à être systématiquement renvoyés aux calendes grecques du fait de leur caractère extrêmement peu urgent. Ces petites besognes sont légions autour d'une ferme et vont m'occuper durant une bonne partie de la semaine. Et puis, il faut également penser au retour des vaches. Cette échéance se rapproche à grands pas et plusieurs choses sont encore à préparer ou réparer: nettoyer et repeindre la crèche, préparer les clôtures, etc... De plus, il est encore prévu de faucher la Côte et de faire encore quelques boules de regain. Encore faudra-t-il que la météo nous le permette! On a vu cette année que cette dernière se faisait un malin plaisir à nous créer quelques embûches.

Je parlais de l'automne il y a quelques jours. Et bien dimanche, j'ai pu constater lors d'une ballade à vélo, que les feuilles de certains arbres commençaient à virer vers le jaune. Bien sûr que pour le moment c'est encore discret, mais quand même bien visible en maints endroits. Cette année qui aura été précoce ce printemps risque de l'être également cet automne.

Et puis, il y a le mariage! Nos voisins nous ont demandé la permission de faire un passage dans la cour de la ferme à l'occasion du goûter de noces. C'est avec plaisir que nous avons accepté et vous imaginez bien que c'est une occasion unique de donner un bon coup de balai tout autour de la cour et dans les moindres recoins de la ferme. On a déjà une petite idée quant à sa décoration. L'ensemble devrait avoir belle allure!

Mercredi 15 août: Ambiance balnéaire derrière la maison. La prairie et le petit lac qui a d'ailleurs amorcé sa décrue, se sont vus envahir aujourd'hui par un troupeau pour le moins particulier. Des mouettes! Des dizaines et des dizaines de mouettes attirées par le plan d'eau et ses rivages, sont en effet venues passer quelques vacances campagnardes à Bettens. Leurs cris et leurs vols nous plonge résolument dans une ambiance de port de pêcheurs bretons ou méditerranéens.

Elles ont investit les pruniers alentours donnant ainsi naissance à une nouvelle espèce d'arbres porteurs de gros fruits blancs et criards. Peu habituées à ce genre d'exercice elles font preuve de grande maladresse à rester perchées sur les branches. C'est alors à grands renforts de cris et de coups d'ailes qu'elles tentent parfois vainement, de s'y agripper.

Vendredi 17 août: Le lac en se retirant a laissé d'importantes traces sur le sol. L'herbe est sale, noircie par la terre et jaunie par le manque d'oxygène. Sur plus de deux hectares, les séquelles sont clairement visibles et à mon avis, le seront encore durant quelques jours si le temps ne décide pas à s'arranger durablement. D'ailleurs, ce ne sont pas les seules choses qu'il a laissé derrière lui. J'ai eu la surprise de découvrir une mouette prisonnière du regard du collecteur dont le couvercle a depuis longtemps disparu. La couleur grisâtre de son plumage indiquait un animal plutôt jeune et à l'évidence inexpérimenté pour se laisser entraîner au fond de ce piège et de ne pas réussir à en sortir. Le sauvetage fut chaotique!

Lundi 20 août: Profitant de la dernière semaine des vacances scolaires, nous décidons d'aller passer quelques jours à Paris. Dépaysement garantit pour nous autres ruraux qui avons si peu l'habitude de l'agitation permanente qui secoue une grande ville. Vous avez la possibilité de consulter quelques notes ramenées de cette équipée, en cliquant sur le lien suivant « Paris ».

Samedi 25 août: Après cinq jours passés à déambuler dans la capitale française, à effectuer des dizaines de kilomètres à pieds, en métro ou encore en bus, à patienter dans les files d'attente, à admirer des oeuvres d'art, à côtoyer les parisiens mais aussi les chinois, les russes, les américains, d'innombrables espagnols et italiens, des polonais, des coréens, etc... Je retrouve le calme et la sérénité de la campagne vaudoise avec un énorme plaisir teinté d'un léger...soulagement! Être touriste dans une grande ville est synonyme de marches forcées, de grands moments de patience et d'une maîtrise des transports en commun forcément inhabituelle pour un rural. Pas forcément une sinécure!

Ceci dit, je constate qu'en mon absence, Philippe n'a pas chômé et que pas mal de choses ont été effectuées. Ainsi le fumier de la stabulation des génisses et des vaches a été épandu sur la parcelle qui recevra le colza et pas loin de douze hectares de prairies ont été fauchées. Étonnement, après avoir subit 3 jours de petites pluies fines à Paris, ici il fait grand beau et la météo annonce un temps similaire jusqu'à mardi. Toutes les conditions réunies pour effectuer une coupe de regain. Mon programme est donc tout prêt et sais d'avance que je vais passer une bonne partie du week-end sur le siège de mon tracteur à pirouetter et andainer.

Lundi 26 août: Une chaleur réellement estivale a régné aujourd'hui et nous a permis de sécher le regain d'une manière optimale. La qualité est très satisfaisante et la quantité est également au rendez-vous. Il a fallu tout de même environ six heures pour mettre en tire la vingtaine d'hectares de regain entre nos surfaces et celles de Jean-Daniel. Mais au bout du compte, c'est la satisfaction qui est de mise en regard des résultats obtenus. Quand la météo est notre alliée, tout devient simple.

Mardi 27 août: Je me suis mis en quête des 35 rouleaux de fourrage que Philippe a confectionnés hier, de manière à les mettre à l'abri avant la pluie annoncée. Il fait lourd et l'horizon est complètement bouché par une brume menaçante. Avec mon tracteur sans cabine, je suis à la merci de n'importe quel nuage qui se déciderait à déverser son chargement sur ma tête. Aussi, je me dépêche afin d'éviter la rincée.

Et puis ce soir nous avons enfin réussit à organiser une soirée fondue en compagnie des membres du comité de la société d'alpage de la Lande-Dessus, des propriétaires de cette même montagne et du berger s'en occupant.

Jeudi 30 août: Il a plu quasiment toute la nuit et le pluviomètre indique ce matin environ 15 mm, portant le total des précipitations pour ce mois à plus de 180. Il sera donc tombé depuis le mois de mai une quantité d'eau tout à fait inhabituelle, environ 560 litres d'eau au mètre carré. Un véritable phénomène, puisque habituellement, nous ne dépassons rarement le 70 mm par mois d'été. Il restera donc évidemment dans les mémoires de chacun, comme ayant été un été pourri et gris. Pour nous il sera également l'été des moissons germées et durant lequel il aura fallu jouer à cache-cache avec les averses, usant au maximum des performances de nos « grosses » machines pour effectuer entre deux averses ce qu'il y avait à effectuer. Alors, avec l'automne qui arrive, c'est la descente qui se rapproche et il faut penser sérieusement à tout préparer avant le retour des vaches.

Vendredi 31 août: Cependant, il reste une petite formalité à préparer, une fête à organiser: un mariage à organiser! En effet, Sophie et Simon ont émis le souhait d'organiser le thé dans la cour de la ferme. Quelle belle idée! À nous donc de balayer, ranger, aménager et décorer l'écurie et la cour en vue de cette célébration. Sur le plan visuel, le résultat final est aller au-delà de nos espérances et les longues guirlandes blanches que nous avons réussi à tendre depuis le tilleul tout autour de la cour, donne à celle-ci un air de fête du plus bel effet et les balles de paille surmontées de parasol rappellent le côté champêtre de l'endroit.

Samedi 1er septembre: Ce matin, nous sommes fins prêts à accueillir les participants au mariage. La jeunesse a été convoquée pour donner un coup de main pour le service et malgré un petit air de bise frisquet, la journée s'annonce belle et ensoleillée. C'est vers 16 heures que les heureux mariés arrivent dans la cour, accueillis comme il se doit par la fanfare dont ils font partie et par Lisa et Manon, promues aujourd'hui au rang de lanceuses de riz. Une fête réussie et belle, que le soleil a rendu encore plus inoubliable. Cliquez ici pour accéder au diaporama.



C'est donc avec un mariage, sujet n'ayant aucun rapport avec l'agriculture, que je termine cette chronique d'une « année agricole », cycle naturel de notre profession. Heureux événement qui met un terme à mes élucubrations. D'ailleurs, je n'aurai jamais imaginé qu'il soit possible d'en raconter autant. Je n'aurai jamais imaginé qu'il soit simplement possible de raconter ces histoires. Je n'aurai jamais imaginé qu'il soit possible de transformer en mots, les mille et une petites joies et les tracas que l'on imagine le plus souvent d'une banalité déconcertante, mais qui finissent parfois à intéresser quelques personnes. Mais c'est surtout ceci que je n'aurai jamais imaginé, c'est que certaines personnes puissent trouver du plaisir à consulter mes notes et à suivre ainsi ces petites histoires qui se succèdent tout au long d'une année et qui assemblées les unes aux autres finissent par constituer nos vies. J'ai été étonné de recevoir des messages d'encouragement et félicitations et je profite maintenant de remercier chacun pour ces marques de soutien.

Je termine avec un mariage, une année que j'avais commencée d'une manière bien moins heureuse. Une personne nous a quitté il y a maintenant bientôt un an, une jeune fille qui j'en suis sûr aurait apprécié venir prendre des nouvelles de ses vaches au travers de ce site.
Je voudrai donc dédier cette chronique à Manon.



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