Paris! Que dire de cette ville qui n'aie déjà été dit? Que raconter d'une ville qui a été si souvent chantée, photographiée, filmée et admirée. Du monde entier les touristes y affluent en nombre, armés de leur appareil photo et de leur caméra, immortalisant à tour de bras les bâtiments qui ont fait et qui continuent de faire la renommée de la ville. Ceux-ci, historiques ou contemporains ont souvent été construits à la gloire d'individus ayant marqué la France par leurs existences.
L'être humain apprécie de laisser une trace de son rapide passage sur terre. Alors sitôt qu'il détient une parcelle de pouvoir et quelques moyens financiers, il se dépêche de laisser un petit signe à ses descendants. Des graffitis recouvrant les murs de certains bâtiments aux palais royaux en passant par l'Arc de Triomphe, ce sont autant d'empreintes laissées par tout un chacun, censées rappeler aux suivants que le précédent est déjà passé. J'y vois là un souci très terre à terre, l'espoir de ne pas être oublié trop vite et surtout pas trop définitivement. Alors forcément qu'une magnifique Arche à la Défense ou un centre Beaubourg sont autant de vestiges plus glorieux et plus durables qu'une malheureuse petite signature griffonnée sur un morceau de mur et qui plus est, entourée de milliers d'autres. Mais la démarche de fond est à mon sens quasi identique.
Ceci dit, avouons que les monuments de Paris sont appréciés des touristes. De la Tour Eiffel au musée d'Orsay, de l'Arc de Triomphe à Notre Dame, impossible d'imaginer en aborder un sans s'astreindre à la très ennuyeuse corvée de la file d'attente. La ville est envahie! Une horde de touristes de toutes nationalités a établi une tête de pont et se mêle les uns aux autres dans l'exploration des musées et des lieux célèbres de la capitale. Ici toutes les langues se mêlent, tous les styles se mélangent et se côtoient. Des visages d'Asie, des accents d'Amérique, des grands blonds nordiques, etc... Mais le trait d'union, le signe de ralliement de tous, c'est l'appareil de photographie ou la caméra. Qu'il soit porté à bout de bras à la recherche de l'instant à immortaliser, ou qu'il pende sur les torses velus des touristes en goguette, l'appareil est semble-t-il l'indispensable accessoire du parfait touriste, nécessaire à une visite qui se veut réussie. Ainsi donc à la moindre alerte, ce sont les flashes qui crépitent servant à immortaliser madame ou les enfants qui ont adopté très sagement une pause idoine lors de leur passage devant telle inoubliable statue ou autre bâtiment. Rien n'échappe au déclic de l'appareil que l'électronique a rendu quasiment insatiable. Rien n'y résiste, l'oeil de la caméra est partout. Promenez-vous devant un bâtiment public et vous serez assurés de figurer en bonne place dans une multitude d'albums souvenirs. Bon, honnêtement nous n'échappons pas à la contagion et notre flash se mélange allègrement aux centaines d'autres. Finalement le spectacle est autant dans la rue que dans les vieilles pierres. Il est autant dans les couloirs des musées que dans les vitrines. Il est permanent, cosmopolite. Il se regarde et s'écoute. On s'en étonne, il nous rend perplexe et est parfois déprimant. Une chose est sûr, il est incontestablement fatiguant, mais ô combien instructif.
Il faut sortir quelque peu des lieux touristiques pour retrouver les parisiens. Il est des quartiers moins envahit où il est possible d'en découvrir dans leur vie et leurs occupations. Il est possible dès lors de constater qu'à l'image des envahisseurs de l'été, la population de la ville est multi-culturelle. Nous avons bien sûr croisé le parisien du soir et de la nuit qui traîne dans la rue, prenant possession des cinémas et des brasseries, profitant des lumières de la ville qui donnent parfois l'illusion d'une journée sans fin. Mais il y a également le parisien du matin, qui boit un petit noir avant d'aller à son travail, le boucher qui met en place son étal, alignant les morceaux de viande les uns à côtés des autres avant l'arrivée des premiers clients. Le grossiste qui sort sur le trottoir les cageots remplis de légumes. Il y a les livreurs qui déchargent leur cargaison, la camionnette généralement abandonnée à cheval sur le trottoir et la route, complètement insensible aux coups de klaxon. Ils ravitaillent en marchandises de toutes sortes, les magasins qui fournissent les milliers de tonnes de produits de toutes sortes nécessaires journellement à une grande ville. Ici ou là, un sdf s'abrite de la fraîcheur du matin, emportant avec lui sa misère et un maigre baluchon de plastique. Je prends ce matin mon café dans une petite brasserie place Maubert, ses grandes baies vitrées et sa position, permettent une observation idéale de la vie de la rue, du Paris qui s'éveille de la chanson de Dutronc. Une musique s'écoule gaiement des hauts-parleurs: des airs d'accordéon, de java et de valse envahissent le bistrot et se mélangent aux discussions des quelques clients appuyés au comptoir. Ambiance garantie!
Mais Paris qui s'éveille, c'est surtout la valse des engins de la voirie, des « petits hommes verts », des hommes et des femmes qui très tôt le matin partent à l'assaut des rues de la ville, armés de leur pelle et de leur balai, traquant le papier et le mégot de cigarette lâchement abandonné par le passant peu sensible aux questions écologiques. Ils sont des centaines à se disperser ainsi à pied mais également au volant de véhicules aux formes et aux géométries si variables. Ils sont partout oeuvrant inlassablement pour que les rues aient bonne figure avant que ne débarquent touristes et visiteurs.
Il pleut sur Paris! Et Paris sous la pluie signifie pour les touristes que nous sommes: Paris dans les musées. Louvre nous voici! À 9 heures pétantes, nous étions aux ordres des gardes de sécurité du musée et accompagnés d'autres lève-tôt, nous plongions dans les entrailles du Vieux Palais. Plus précisément sous la pyramide de verre qui trône aujourd'hui entre les ailes du bâtiment. Une fois les billets en poche, c'est le rush! La course, la ruée. Impossible de se sortir du flux qui inexorablement est attiré par le regard ténébreux de la Joconde. Car oui, le Louvre ne serait rien sans la Joconde! Devant le tableau, un immense attroupement digne d'une star du show-bizz. Confortablement installée derrière sa vitre que l'on imagine volontiers blindée, Mona Lisa brille sous la lumière des flashes qui crépitent dans un rythme soutenu. Quelque peu étonnant d'ailleurs que ces derniers soient autorisés sans autre restriction dans cette antre de la culture. J'imagine que les agents de sécurité chargés de veiller à la tranquillité de la star, lassés de répéter à longueur de journée l'interdiction des flashes ont finalement finit par tolérer cette pratique.
Une autre vedette profite également d'une notoriété digne d'un chef d'état: la Vénus de Milo. Du haut de son piédestal, elle contemple indifférente la foule cosmopolite qui défile à ses pieds. Ils sont tous là, de tous les continents, mitraillant sans relâche la beauté parfaite figée à jamais. En observant le spectacle, je m'interroge sur le nombre de personnes qui avant ce jour, avaient entendu parler de la Belle. J'imagine sans étonnement un pourcentage assez élevé! Mais finalement, c'est ça la culture: apprendre un jour.
Notre parcours se poursuit dans cet immense labyrinthe qu'est le musée du Louvre. Les tableaux succèdent aux statues, les statues aux poteries, les poteries aux sarcophages. Tout au long de notre cheminement qui s'apparente à un voyage à travers le temps, les appareils de photos et les caméras immortalisent à tour de bras les morceaux de cailloux qu'ont été les statues et la terre que sont devenues les poteries. C'est à se demander si les photographos-caméranos-visiteurs n'en n'oublient pas l'essentiel: quelles ont été les fonctions de ces objets, qu'est-ce qui a contribué à leur création, pourquoi sont-ils là aujourd'hui? A ce titre, une pièce prend à mes yeux une importance plus particulière: le monolithe des lois du roi Hammurabi. Premier témoignage « écrit » d'un recueil de loi datant de 1750 av JC, il prouve comment l'être humain a rapidement dû organiser et régir la vie en société. En lisant la traduction, on peut être surpris de la teneur de certains « articles » et de la manière parfois un peu direct de porter un jugement. Ceci dit, je suis sûr que lorsque nos descendants liront quelques lois qui régissent nos vies aujourd'hui, ils ne manqueront certainement pas non plus de s'étonner de certaines choses! Une certitude toutefois me vient à l'esprit: Béni soit le temps où toutes les lois tenaient sur un morceau de caillou. Je ne suis pas sûr que toutes les roches des Alpes suffisent aujourd'hui à contenir l'ensemble des ordonnances, lois et autres textes légaux sortis de l'imagination fertile et à l'appétit toujours grandissant des juristes de tous poils qui pullulent dans nos administrations.
J'apprécie le lendemain matin le calme retrouvé au bistrot du Petit-Pont situé à une encablure de Notre-Dame. Ici point de touriste illuminant tout sur leur passage. Non plus de java et d'accordéon en guise de fond musical. La place est laissée au jazz et une ambiance fin de soirée règne ici. Facile de le constater, il y a des signes qui ne trompent pas: les tables sont garnies de verres de cocktail et de bière. Les conversations sont bruyantes et animées et trahissent les acteurs de la soirée sur leurs activités nocturnes. Mais surtout, les protagonistes se quittent en se souhaitant bonne nuit! Certains sont marqués par une nuit abondamment arrosée: les démarches hésitantes et ondoyantes ne trompent pas. D'autres sont lancés dans d'interminables discussions semblant primordiales à la bonne marche du monde.
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Ce qui me manque le plus ici, c'est l'absence d'horizon. Aussi suis-je tout heureux de pouvoir prendre un peu de hauteur de manière à pouvoir porter le regard un peu plus loin que l'immeuble du coin de la rue. Peut-être que la tour Eiffel ou la tour Montparnasse ont-elles été construites pour pallier à cette carence. Nous y sommes donc montés. Il faut dire que Lisa y tenait à sa tour Montparnasse et j'imagine que le film d'Eric et Ramzi n'y était pas étranger. Il faut avouer que de pouvoir en cette fin de soirée, admirer la ville de cette hauteur et de la voir s'allumer de cette manière, a quelque chose de féerique. Vu d'ici, la Tour Eiffel semble plus petite alors qu'en réalité elle est plus haute de plus de 100 mètres. Avec son rayon de lumière qui tourne inlassablement, elle est comme un phare au milieu d'un océan d'immeubles. Les bâtiments célèbres brillent comme des vedettes sur une scène et le balai des feux rouges et blancs des voitures, est incessant tout en bas dans la rue, formant de longues traînées brillantes au travers des quartiers de la ville. |
Le lendemain, c'est encore la pluie qui m'accueille au sortir de l'hôtel. Une pluie fine, une pluie qui caresse le visage, pas vraiment froide, mais une pluie qui finit quand même par réussir à me mouiller. Nous avons décidé de faire un petit break dans nos visites culturelles, et de nous adonner à une autre sorte de visite: celle d'un grand magasin. Les Galeries Lafayette, immense temple dévolu au commerce et à la tentation, ou s'entrecroisent indifféremment clients et touristes. Une foule bigarrée et curieuse déambule sous l'immense et magnifique verrière de ce grand magasin, au travers de laquelle transperce la lumière du jour. C'est la valse du porte-monnaie et et des caisses enregistreuses. On se sent plonger dans un univers à la Zola et il est difficile de ne pas penser « Au Bonheur des Dames » et de voir une improbable Denise, dans chacune des caissières ou des vendeuses qui se faufilent parmi la clientèle.
Deux mots encore sur les deux autres musées visités à l'occasion de ce petit voyage. En premier lieu, le musée d'Orsay. Au delà des oeuvres qu'il accueille, c'est avant tout la reconversion magnifiquement réussie du bâtiment qui frappe le plus. De l'ancienne gare, il reste suspendue au dessus de l'entrée, la superbe et immense horloge ouvragée. En la regardant, on entend résonner dans nos têtes le sifflement des locomotives quittant le quai pour une mystérieuse destination. Le mélange entre l'architecture d'origine avec le style résolument avant-gardiste de la transformation donne une dimension particulière à l'ouvrage. Enfin, à la différence du Louvre dans lequel on peine parfois à se retrouver et qui exige une forme physique de marathonien pour en faire le tour, le musée d'Orsay permet une visite tranquille et agréable. Quand au dernier musée visité, celui du quai Branly, construction de Jean Nouvel qui se veut résolument contemporaine et qui pour nous helvètes, nous permet évidemment de nous souvenir du Cube de Morat, il est né de la volonté de Jacques Chirac (Quand je vous disais que l'être humain aime laisser des traces...!!!) grand amateur d'arts primitifs. On traverse d'abord un immense jardin, véritable havre de paix isolé de la bruyante circulation du quai par un immense mur de verre. Le musée est suspendu par dessus la verdure, son architecture extérieure est pleine de lignes et d'angles saillants. Mais à l'intérieur, changement de décor. Les lignes cèdent la place aux courbes et aux contours. Une longue rampe sinueuse et claire nous conduit au premier étage, lieu des expositions. Une atmosphère plus sombre a été voulue ici. On constate alors très vite que les rondeurs intérieurs du bâtiment se marient forcément bien avec les oeuvres présentées, statues primitives, objets de culte, de musique, etc...
Ainsi donc, après cinq journées à se promener dans Paris, c'est le retour à la maison. Trois heures vingt seront nécessaire au TGV pour nous y amener. Temps mis à profit pour digérer toutes les images qui trottent dans nos têtes. Cinq jours de marche quasi ininterrompue. Une grande ville a ceci de particulier c'est qu'on y marche infiniment plus que dans nos petits villages. Alors forcément, on rentre la tête pleine mais également les jambes lourdes et les pieds endoloris. Mais croyez-moi, le déplacement en vaudra toujours la peine.
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